CHAPITRE 7 : 

La maison du bonheur


POV Victoire

"Peverell-Ackerman"

Je fixais la sonnette, seule face à la grande porte d'entrée, la boule au ventre, et j'avais eu un moment d'hésitation. C'était bien ici? Oui, malgré l'inscription sur la plaque, je me posais la question, cherchez pas, j'étais un peu stupide, parfois. 

Est ce que ca allait bien se passer?... Clyde avait été sympa hier soir, mais là on allait se retrouver... tous seuls alors, je sais pas, j'espérais pas trop faire tarte, et qu'il ne soit pas trop chiant non plus. De toute façon, maintenant que maman était partie, j'avais pas vraiment le choix, impossible de rentrer à la maison comme une crétine à pieds, je savais même pas s'il y avait une ligne de bus pour mon patelin près d'ici, et puis Clyde m'attendait alors... je pouvais difficilement inventer une excuse de dernier recours. J'avais regardé mon téléphone : rien. Maman avait du rentrer et Jenny et bien... j'avais manqué son appel tout à l'heure, et là tout de suite, c'était pas trop le moment de me lancer dans une conversation. J'hésitais à envoyer à Clyde un "Je suis devant", histoire de ne pas tomber nez à nez avec son père qui s'était allègrement foutu de la gueule de papa hier, ou pire, sur sa mère qui avait vraisemblablement eu des problèmes avec maman... Décidément, j'avais l'impression de débarquer en terrain hostile. Je trépignais fébrilement et puis... bon, j'allais pas en plus arriver en retard. J'avais fermé les yeux une seconde et prit une grande inspiration, avant d'enfoncer la sonnette qui m'avait un peu vrillé les tympans. Et j'avais attendu, les mains terriblement moites et le cœur battant à toute vitesse. Moins d'une minute probablement, mais ça m'avait paru durer tellement longtemps que limite je me disais que j'aurai eu le temps d'aller boire un café, voir même de lire un bouquin, ou encore de...

"-Bonjour...?"

J'avais sursauté à l'ouverture de la porte, et je m'étais retrouvée bouche bée face à une fille que j'avais deja vu au lycée, jolie, grande, avec de longs et soyeux cheveux verts ondulés jusqu'au milieu de son dos. Elle portait une sorte de longue et froufroutante robe noire de poupée de porcelaine, d'ailleurs, elle avait tout d'une poupée, et j'ignorais pourquoi, mais pour le coup, je me sentais vraiment tarte... J'avais vérifié la sonnette pour être sûre, mais j'étais au bon endroit, aucun doute, les Peverell-Ackerman vivaient bien ici.

"-Bonjour euh je.. je viens voir travailler pour euh, non, je viens voir Clyde... pour travailler..."

Et j'avais souri bêtement : un cafouillage ridicule passait mieux avec un sourire, d'après papa.


POV Jessie

L'interminable suite de bips d'attente de réponse au bout du fil se perdait dans le vide tandis que je commençais VRAIMENT à m'impatienter. Rraaahhh!!! À quoi bon avoir un portable si c'était pour le laisser en silencieux et hors de sa vue? 

"-Oui c'est moi...  Je vois que ton téléphone t'es toujours aussi utile espèce de crétin..."

Je tapotais nerveusement le volant en regardant le téléphone ventousé au pare-brise, avec l'envie impressive de tout envoyer valser.

"-Écoute moi BIEN James, si tu ne me rappelles pas dans l'heure qui suit, je te PREVIENS que tu passer un seule quart d'heure, t'entends?! À tout à l'heure."

J'avais raccroché d'un geste sec, et le feu était passé au vert. Quelle poisse, pourquoi j'étais dans cet état?! Non franchement je devenais complètement malade... et James qui n'répondait jamais...! J'avais appelé Miaouss. Avec un peu d'chance, cet idiot allait me répondre, lui!

"-Bien l'bonjour, vous êtes sur le répondeur téléphonique de Miaouss le Miaouss, veuillez laisser un 
message apres l'bip sonore, et pôs avant, sinon ça marche pô! Pôssez une journée chat-leureuse! *BIIIIP*"

J'avais tapé le bouton rouge d'un air renfrogné : j'étais vraiment entourée de crétins finis... et voilà qu'il y avait des bouchons! Rah j'vous jure, c'était l'karma! Pour me punir d'avoir été méchante, cruelle, diabolique et beaucoup trop belle, c'était sur... J'avais regardé par la fenêtre pour voir jusqu'où la queue s'étendait, et j'avais perdu patience. J'allais prendre la prochaine sortie quitte à faire un détour, impossible de rester les fesses vissées sur ce siège à me dandiner comme une incontinente pendant encore des heures, il fallait que je bouge de là et tout d'SUITE!


POV Miaouss

J'étais en train de me prélôsser dans mon grand pônier près d'la f'nêtre, au soleil, comme un vrai roi en rêvant d'un buffet à volonté, quand mon téléphone avait sonné. J'ôvais ouvert un œil et tendu la pôtte, au côs où ce s'rait encôre ma sal'té d'ex bonne fômme avec une bonne excuse pour gôrder les p'tits, mais lorsque j'avais vu l'appel de Jessie, j'l'avais balancé à l'autre bout d'la pièce : cette sorcière attendrô! 


POV Clyde

Après m'être douché, habillé - une chemise bleu ciel avec un jean - et soigneusement coiffé, je m'étais naturellement dirigé vers le garage pour m'exercer un peu à la batterie. Certes, Victoire n'allait pas tarder, m'enfin j'allais pas l'attendre comme Démolosse attendait le retour de maman le soir quand elle ne l'emmenait pas avec elle, quand même ! Le monde n'allait pas s'arrêter de tourner sous prétexte qu'une nana venait à la maison. C'était pas le but. Certes, je devais admettre que je me demandais un peu comment ça allait se passer, mais... Nan, finalement, j'étais serein. Je ferais peut-être moins le fier demain, mais pour l'heure, mon instrument fétiche m'attendait.

Je saisissais mes baguettes en m'installant, tout en songeant à ce qui m'attendait cet après-midi : je n'avais pas vraiment comploté pour que maman ne soit pas là. J'allais peut-être le regretter, ou peut-être pas. Avec un peu de chance, elle ne sortirait pas son bureau, ou alors, elle en sortirait juste pour aller prendre une douche interminable et se pomponner des heures, comme elle aimait le faire le weekend : gommages, masques en tous genre, que ce soit pour le visage, les cheveux ou les pieds - j'avais du mal à saisir le concept pour les pieds -, épilation, chasse aux cheveux blancs et j'en passais et des meilleures. Une fois, j'avais fait la connerie de m'intéresser à ce qu'elle faisait et j'avais fini avec un patch anti points noirs maison sur le pif, sans comprendre ce qui m'était arrivé. Papa m'avait regardé avec pitié en secouant la tête, l'air de dire "tu sauras, la prochaine fois". Je ne pouvais m'empêcher de penser que ça sentait le vécu... 

Je me disais que j'avais largement le temps avant que Victoire n'arrive. Au pire, si j'entendais pas la sonnette, je supposais qu'elle aurait un éclair de lucidité et qu'elle m'enverrait un message. Comme Jenny l'avait fait ce midi, ce que j'avais découvert avec une certaine satisfaction via une notification messenger. "Salut Clyde ! Alors, cette conférence ? " Je me demandais si elle me kiffait un peu, mais me décidais à calmer mes ardeurs et de jouer les indisponibles. Je répondrais un peu plus tard, là elle ne voyait pas que j'avais lu : si je répondais de suite, j'avais peur qu'elle me prenne pour un relou du style d'Arthur et c'était pas franchement le but. Et puis c'était un peu chelou, mais j'étais plus concentré sur l'après-midi à venir que sur le message de Jenny.


POV Thelma

J'ouvris la porte d'entrée, ayant abandonné avec regret mon bouquin sur le canapé. Devant moi se tenait une jeune fille de l'âge de Clyde, à peine plus grande que moi et plutôt mince sans pour autant être aussi plate qu'un Limonde. Son style vestimentaire était somme toute très banal : ce n'était absolument pas péjoratif, mais à force de trainer avec des personnes originales, le normal était en quelque sorte devenu l'original pour moi. J'ignore si ça faisait sens, mais passons. La demoiselle était plutôt mignonne d'après moi, mais ce que j'admirais, c'était ses cheveux qui, s'ils devaient être compliqués à coiffer vu de là, arboraient une très belle teinte magenta et brillaient au soleil. 

"-Bonjour..?"

Je me sentais un peu idiote de réagir ainsi : des amis de mon frère étaient déjà venus à la maison et j'étais plus blasée qu'autre chose. En même temps, fallait voir les amis, aussi... Si son ami Raphaël était plutôt intéressant, c'était une autre paire de manche concernant Arthur-Mon-Père-Est-PDG et Mathias-Dis-T'es-Mignonne-T'as-Un-06. Quoique Mathias avait le mérite d'être tellement cliché dans sa drague que c'en était presque drôle. Bref, c'était peut-être parce que cette fille me fixait avec ses yeux bruns, peu sûre de ce qu'elle devait dire ou faire.

"-Bonjour euh je.. je viens voir travailler pour euh, non, je viens voir Clyde... pour travailler..."

Qu'est-ce que c'était que cette cuteness sans nom ?! J'avais parfaitement conscience d'être déjà en couple et que cette fille était plus âgée que moi - en soi, ce deuxième point n'était pas un soucis -, mais je ne pouvais m'empêcher de sourire à son sourire un brin niais. 

"-Oui, il nous en a parlé. Mais il a omit de dire à quel point tes cheveux étaient beaux. T'utilises quoi comme produit pour qu'ils soient aussi brillants ?"

Je ne savais pas trop ce qui me prenait pour la dernière phrase, mais je ne pouvais m'empêcher de mater la chevelure de cette nana que je rencontrais pour la première fois.

"-Où ai-je la tête, entre donc. Moi c'est Thelma, je suis la petite sœur de Monseigneur Clyde qui est dans son antre musicale. Il attend qu'on accueille ses invités pour lui... Même si c'est un plaisir dans le cas présent..."

Là encore, je ne savais pas trop quel Dardargnan me piquait, mais je m'autorisais un petit clin d'oeil qui se voulait innocent. Elsa n'approuverait sans doute pas et je me comportais de façon presque aussi ridicule que le pote de Clyde, mais... Roh et puis zut.


POV Victoire

Je me sentais stupide d'avoir bafouillé, encore, et son bref coup d'oeil sur moi avait suffit à mon visage pour se décomposer. Est ce que c'était à cause de ma petite robe verte qui me donnait la sale impression d'être une courgette avec des jambes? Ou peut etre qu'elle était trop courte?... Ce devait être parce que les Converses ne se portent pas avec une robe, c'est ça? En réalité, j'y connaissais rien à la mode, mais le vert et le blanc, ça me semblait pas incompatible. J'avais rapidement baissé les yeux vers mes chaussures, avant qu'elle ne me réponde.

"-Oui, il nous en a parlé. Mais il a omit de dire à quel point tes cheveux étaient beaux. T'utilises quoi comme produit pour qu'ils soient aussi brillants ?"

Sa voix était surprenament douce et suave, non pas que je l'imaginais avec une voix grave ou autre, mais ça m'avait surpris. Enfin, bien moins que sa question. Dans un sens, j'étais contente que quelqu'un remarque les efforts que je devais fournir pour rendre mes cheveux présentables, parce que mine de rien, c'était pas de tout repos...

"-Oh je... j'utilise de l'huile de Noadkoko d'Alola, en masque et pour les déméler... Et beaucoup de patience. Merci"

Je lui souriais en ne sachant pas quoi faire de mes mains, alors j'avais enroulé une mêche de mes cheveux autours de mon index. Habituellement, ça trahissais mon stress, mais cette fois-ci, associé à notre conversation capillaire, ça passait, du moins je l'espérais. Je jetais un oeil derrière l'épaule de mon hôte, curieuse.

"-Où ai-je la tête, entre donc. Moi c'est Thelma, je suis la petite sœur de Monseigneur Clyde qui est dans son antre musicale. Il attend qu'on accueille ses invités pour lui... Même si c'est un plaisir dans le cas présent..."

J'avais souri en retour, et en fait, j'avais même rougis de gêne. J'ignorais que Clyde avait une soeur, tout comme j'ignorais qu'il aimait la musique, et à vrai dire, je me rendais compte que je n'en savais que très peu sur mon binôme. Dans un sens, on avait jamais été amis, ni même pote, et c'était la première fois que j'allais chez un "inconnu", déjà qu'aller chez des gens autre qu'Alice, Jenny ou Gab était rare... L'angoisse de l'ambiance à venir me reprenait aux tripes

"-Le plaisir est partagé! Tu es au LIPC, non? Je t'avais déjà remarquée..."

Une fois à l'intérieur, elle referma la porte derrière moi tandis que je découvris la maison : elle était bien plus moderne que la notre, avec des murs blancs et du carrelage, du mobilier noir et une table en verre. La décoration était simple mais élégante, comme dans les magasines, bien loin des meubles de bois et des breloques attrape-poussières de notre villa vieille de 3000 ans... Pas de toiles de maitres ringardes ni de statues, pas de colonnes ni de cheminées : c'était classe, beau et ça semblait neuf, en plus de sentir une délicieuse odeur de fleur, bien que je n'en voyais pas dans la pièce. J'avançais lentement, détaillant chaque objet tout en discutant avec Thelma

"-Ca sent bon la Pivoine, c'est..."

J'aurai aimé finir ma phrase, mais le détecteur automatique du diffuseur du parfum s'était déclenché, me faisant sursauter. L'odeur venait donc de là! Encore une fois, c'est pas chez moi qu'on aurait un truc aussi cool!

"-Il faut pas être cardiaque pour traverser votre salon..."

J'avais souris comme une idiote, puis je m'étais ravisée : pourquoi je sortais ce genre de truc bidon?

"-Si Clyde est occupé, je peux attendre..."


POV Thelma

La camarade de classe de mon frère me parla d'huile de Noadkoko d'Alola comme soin capillaire. Si je connaissais l'huile de Noadkoko "normal", j'ignorais si celle des Pokémon au long cou d'Alola avait des propriétés différentes. Et puis je devais bien avouer que je n'avais pas toujours la patience de faire poser un masque pendant plusieurs heures et de rincer. Enfin bref. Mon regard ne se détachait pas d'elle, jusqu'à ce que l'on entre. 

Elle avait l'air stressée, tellement stressée que je ne pu obtenir son prénom. Elle devait sans doute se dire que Clyde nous l'avait dit, mais... Pas que je me souvienne. Il avait parlé d'une "fille de sa classe", d'une "Grahyena", c'était bien tout, il me semble. Cependant, je me sentais mal à l'aise de lui demander son prénom, vu qu'elle-même semblait déjà assez peu à l'aise.

"-En effet, je suis en seconde. Tu m'as déjà remarquée, hm ? Je suis flattée !"

Bon d'accord, là, Elsa n'apprécierait vraiment pas mon ton qui sentait peut-être un peu trop le flirt. Mais il était vrai que les gens n'avaient pas tendance à identifier ça comme tel lorsqu'une fille parlait à une autre fille ainsi, après tout. Fallait bien que la norme hétérosexuelle ait des avantages, non ? Franchement, en être réduite à être le portier de mon frère me faisait faire des choses étranges... 

En parlant d'étrange, la demoiselle détaillait tous les objets de la pièce, comme si on était dans un musée. L'image m'amusait assez : notre maison tenait davantage du showroom de magasin de déco. Pas trop de biblots, une propreté impeccable, le tout sobre mais efficace. Certains diront que notre salon était impersonnel, mais c'était sans compter les quelques photos aux murs et dans les cadres sur les étagères. Dans le fond de la pièce, papa avait même insisté pour qu'on mette la peinture que j'avais réalisée pour un concours l'année dernière. Concours où j'étais malheureusement arrivée seulement deuxième après un sosie de Vincent Van Gogh, une oreille en plus. La toile abstraite donnait quelques couleurs à la pièce où globalement, le noir, le blanc et le gris dominaient. D'ailleurs, quand j'avais fini par leur montrer le tableau terminé, ils avaient eu du mal à croire que ces couleurs si vives venaient de leur fille habituellement si sombre. Mais je m'égarais.

"-Ça sent bon la Pivoine, c'est..."

J'allais la prévenir pour le détecteur du diffuseur, mais il fut plus rapide que moi. Je ne pu m'empêcher d'éclater de rire quand elle sortit qu'il ne fallait pas être cardiaque pour traverser notre salon. J'avais du mal à voir en quoi cette fille était si "Grahyena" que ça... Clyde avait dû exagérer, une fois de plus ! D'ailleurs, elle m'acheva lorsqu'elle me dit qu'elle pouvait attendre si Clyde était occupé. Je perdis mon sourire, sans pour autant faire la tête et répondis au tac au tac :

"-Tu plaisantes ? Tu vas pas te plier au bon vouloir de Poussifeu alors que tu t'es déplacée, quand même..."

J'étais peut-être un peu garce de l'appeler par son surnom un peu honteux, mais je suis certaine qu'il ferait pareil dans le cas inverse. Sauf que je n'avais pas de surnom honteux, moi. Mes lèvres s'étirèrent de nouveau, notamment quand Canarticho vint se poser sur ma tête, comme il le faisait parfois.

"-Viens, on va aller l'embêter un peu !"

Sans plus de cérémonie, je me retournais pour me diriger vers la cuisine où nous pourrions accéder à la porte du garage. En tendant un peu l'oreille, on pouvait déjà entendre quelques notes de la batterie de mon frère.


POV Victoire

"-Tu plaisantes ? Tu vas pas te plier au bon vouloir de Poussifeu alors que tu t'es déplacée, quand même..."

"Poussifeu"... Ce surnom avait attiré les foudres de l'interessé hier soir, mais je ne pu m'empêcher de pouffer. Si j'avais été comme Alice, du genre confiante, j'aurai abordé le sujet de "tata Moka" mais... niveau malaise je pouvais pas faire pire. Je cogitais à propos de la conférence tandis qu'elle avançait vers une porte, son Canartichot sur la tête, ce qui me rappela un peu le comportement de Sepiatop avant qu'il n'évolue. C'était pas un Pokémon franchement commun, du moins, en captivité, mais je le trouvais vraiment mignon et drôle, et en fait, il lui correspondait bien : elle était elle même pas très commune et...mignonne?

La cuisine ouverte sur le salon était elle aussi très classe et moderne, mais étant donné qu'à la maison c'était la seule pièce qu'on avait entièrement refait à neuf, ça m'impressionnait un peu moins que le reste, bien que chez nous, on avait pas toutes ces sortes de carafes filtrantes, mais papa disait qu'à la campagne, on avait de l'eau pure et qu'elle était bien meilleure qu'en ville. Je m'étais attardé sur un pèle mèle de photos en passant, et sur la plus grande, je reconnu assez rapidement le père de mes hôtes, le même type qui avait tendu un piège à papa hier soir. Le couple de mariés avaient l'air heureux, et la vue de la mère de Clyde me laissa un peu dubitative : je l'avais déjà vu à l'école où elle avait donné un cours, mais avant aujourd'hui, j'avais oublié son visage. Clyde était petit, à peine quelques années de plus qu'Oli, mais il avait encore les mêmes traits, et sa soeur n'était qu'un bébé. Autours, des photos de famille banales gravitaient : j'avais du mal à croire que ces gens puissent avoir poussé maman à la haine, mais quand je repensais à l'aversion qu'elle ressentait pour cette pauvre voisine, je m'étais dit que parfois, il fallait pas chercher.

"-Viens, on va aller l'embêter un peu !"

J'avais relevé les yeux vers elle et lui avait emboité le pas jusqu'à la porte de laquelle s'échappait une mélodie, ou plutôt des boumboum. Je n'y connaissais rien, je n'avais jamais appris le solfège moi, contrairement à Satine, mais il me semblait qu'il jouait plutôt bien. De toute évidence, il avait mieux à faire, et j'étais carrément gênée de débarquer comme ça, et de l'interrompre dans son morceau... Alors j'avais coupé Thelma dans son élan

"-Je suis pas sure qu'il ai très envie de travailler, cela dit moi non plus... Au fait, je m'appelle Victoire, Victoire Morgan"

Allez savoir pourquoi, je lui avais tendu la main.

"-Merci de m'accueuillir ici..."


POV Jessie

J'avançais sur la route, sans vraiment savoir où j'allais. C'la va s'en dire : j'avais pas d'GPS dans c'taco pourri! Mon GPS, c'était James, et comme ce crétin fini ne répondait pas, et bah j'étais perdue! Je prenais jamais le périph, je n'connaissais que les sorties qui m'interessaient, et les routes qui existaient avant cette boucle infernale pleine de ringards, pour qui se taper 1h de bouchons par jour faisait partie d'la vie : bouchons, boulot, bouchons, dodo. Non mais vous m'avez bien r'gardé? Une femme aussi belle que moi avait autre chose à faire que perdre son temps : j'étais destinée à avoir une vie extraordinaire et priviligiée. Ce qui impliquait de prendre soin de moi et de ma famille, pas d'travailler pour me ruiner la santé et ressembler à une vieille peau défraîchie à mon âge! Quand je voyais toutes ces bonnes femmes aigries, qui n'ont même plus d'vie sexuelle et qui ne connaissent rien des centres d'interets ou des problèmes de leurs enfants parce qu'elles se tuent à la tâche dans un boulot minable... J'avais assez donné dans la Team Rocket, et jamais je n'aurai abandonné mes enfants, moi, contrairement à ma mère. Je sais c'que vous vous dites : j'étais injuste, et c'était peut être vrai, mais comme je partais du principe que j'avais toujours raison, je ne me posais meme pas la question. C'était mon leitmotiv, ma façon d'penser, et je me fichais de l'opinion des gens. Mais pas d'la mienne, pas aujourd'hui. Je savais que j'avais pas toujours été correcte avec les morveux, et je me demandais : pourquoi maintenant? Pourquoi fallait il que James tombe sur eux hier et que... tout me tombe dessus... maintenant? Je perdais pied, je commençais à délirer, à me souvenir de ces affreuses années, et maintenant d'ma mère... A qui l'tour ensuite, hein? Le Boss? Astin? Cassidy?

"-Maman ova ou?

- On fait un tour, compte les voitures bleues."

J'avais soupiré en lisant les panneaux : Sortie Soleilville, Carmin s/Mer, Safrania... J'étais bel et bien perdue. Surtout belle, mais enfin, en me regardant brièvement dans le rétro je l'avais bien constaté! M'enfin... perdue pour perdue, je m'disais qu'étant donné que le périph formait une boucle, j'allais bien finir par revenir sur mes pas, enfin sur mes roues... et bien sur ni James ni Miaouss n'étaient là pour enchainer avec un jeu d'mot désopilants, alors...

"Maternité Sainte Leuphorie"

"-Uuuuun... Deuuux... Toiii... Quatte..."

Mon attention était resté bloquée sur ce panneau, ignorant totalement le nombre de voitures bleues, et tout s'était mélangé. Je savais que la morveuse avait été conduite ici hier soir, et l'idée la plus tordue que j'avais jamais eu m'avait traversé l'esprit...

"-Mange ta compote maintenant mon coeur, on va passer voir quelqu'un à l'hôpital..."


POV Cassidy

Assise à mon bureau, je m'étirai paresseusement. Il était environ 14h et pourtant, je me sentais à peu près aussi énergique qu'à 7h le matin : autant dire que j'étais digne du Flagadoss de Clyde. J'avais eu beau me doucher, soigneusement laver ma chevelure d'or, faire poser un masque à l'avocat sur mon visage parfait, j'avais toujours l'impression de ressembler à un vieux chewing gum mâché. Sauf quand je regardais dans la glace : même sans maquillage et les cheveux humides, j'étais sublime. Nous avions beau être samedi, je m'étais habillée comme un dimanche où je ne comptais pas sortir : un débardeur gris chiné épousant parfaitement mes formes ainsi qu'un short de jogging rose pâle. Malgré mes trente-neuf ans - d'accord, on pouvait ajouter quelques années, mais psychologiquement, je restais bloquée à cet âge -, je me sentais comme une ado, vêtue ainsi. 

D'ailleurs, hier soir aussi, je m'étais sentie comme une ado, quand j'y repensais. Je n'avais pas l'impression d'avoir trop forcé sur l'alcool avec le recul, mais certaines choses ne me revenaient que ce matin. Les œillades du barman qui devait être âgé d'à peine vingt ans, par exemple. Je me rappelle du rire d'Harley, qui m'avait donné un coup de coude lorsque le jeune homme m'avait glissé son numéro. Est-ce que ça s'était vraiment passé ? Il fallait croire, puisqu'un "Alexis" avait intégré mon répertoire. Je soupirai, toujours assise devant mes copies à corriger : le point positif, c'est que ce gamin ne m'avait pas rappelée et que j'étais rentrée directement pour faire des choses pas très catholiques avec mon mari. Le point un peu plus négatif, c'était que le numéro de ce bouffon des mers chaudes se retrouvait sur mon téléphone. Et que je l'avais qualifié de "gamin" précédemment. 

Y a pas à tortiller, de nos jours, ils chargeaient beaucoup trop les mojitos ces bougres de serveurs. 


POV Thelma

Les quelques pas pour rejoindre la porte menant au garage étaient rapides à faire et j'avais déjà la main sur la poignée lorsque la voix de la camarade de mon frère s'éleva de nouveau : elle me donnait son nom, comme si elle avait lu dans mes pensées précédemment. Victoire Morgan. Je notais ceci dans un coin de ma tête avant de m'apercevoir qu'elle me tendait sa main, comme si nous étions partenaires de business. Cette image me fit sourire, mais je ne me fis pas prier pour saisir sa main, qui devait être aussi douce que ses cheveux vu leur apparence - comment ça, j'en faisais trop ? Ma main à la peau matte et aux ongles courts vernis de noir serra la sienne brièvement.

"-Qui a envie de travailler un samedi après-midi, de toute façon ?"

Mon sourire était compatissant : j'étais mal placée pour juger qui que ce soit vu mes activités d'hier soir avec Elsa ! Je savais juste que vu le talent de mon frère avec les filles - je n'avais que peu de doutes sur son orientation sexuelle, même si en l'occurrence je pouvais me tromper ! - je vous fichais mon billet qu'ils n'auraient pas le même genre de distraction que ma copine et moi hier soir...
Mes pensées furent interrompues par son remerciement, que je trouvais adorable. Non franchement, Victoire était simplement TROP mignonne. Il faudrait que je fouine davantage pour savoir si Clyde était intéressé... Parce qu'évidemment, si je détestais que ma famille en sache trop sur moi, j'adorais tout savoir sur eux, ce ne serait pas drôle, sinon.

"-De rien voyons, merci à toi d'être venue !"

Je ne savais pas trop bien pourquoi je la remerciais, puisque de base, sa visite ne me concernait pas vraiment, mais c'était sorti naturellement. Et puis je crois que sa mignonnerie fonctionnait juste un peu trop bien sur ma personne. Ca me faisait penser que je ne lui avais toujours pas rendu sa main et que je n'avais pas l'air franchement fine avec une main dans la sienne et une main sur la poignée. 

"-J'espère que tu es prête pour le tintamarre..."

C'était méchant de dire ça, d'autant plus que Clyde ne se débrouillait pas mal du tout. Mais que voulez-vous, c'est l'amour façon Ecremeuh entre frère et sœur ! J'ouvris la porte doucement, sans avoir lâchée Victoire pour autant. Fallait croire qu'elle mettait de l'huile de Noadkoko d'Alola sur ses mains aussi...


POV Clyde

Pour être totalement franc avec vous, j'avais perdu toute notion du temps. C'était toujours plus ou moins le cas lorsque j'étais sur ma batterie : comme si j'entrais en transe. Je ne prêtais guère attention à Fantominus qui se dandinait en rythme - le garage était la seule pièce de la maison où il se sentait à l'aise -, ni même à Flagados qui pionçait à côté et ce, malgré le bruit. Je savais qu'Insécateur et Libégon étaient derrière, sans doute derrière la maison et qu'elles étaient bien mieux au grand air qu'enfermées à m'écouter.

En vrai, j'ignorais même si la sonnerie de mon téléphone ou son vibreur auraient pu me déconcentrer de la musique. Sur l'établi près de mon instrument, j'avais posé mon ordi portable sur lequel je faisais passer des morceaux : ainsi, je pouvais m'entrainer à jouer les parties à la batterie. Aujourd'hui, j'avais décidé de m'attaquer à So Lonely. Je me souvenais que depuis mon enfance, j'entendais pas mal de chansons de ce groupes et d'autres. Quand mon père était jeune, c'était déjà considéré comme des trucs vieux, mais ça ne l'empêchait pas de l'écouter encore aujourd'hui. Et que moi-même je l'écoute aujourd'hui. 

Du coup, vous imaginez bien que je ne réagis pas tout de suite lorsque la porte du garage s'ouvrit, en plein dans le refrain, concentré, passionné, même.


POV Victoire

"-Est ce que j'aurai du emmener mes boules Quies?"

Je rigolais, mais quand Thelma avait ouvert la porte, j'avais moins fait la maligne... C'était un vrai tintamare, c'était l'mot, mais plutot agréable en fait d'écouter The Police comme si c'était une sorte d'exclusivité, de répet' privée. Clyde était dos à nous, et il nous avait même pas entendues entrer, et franchement si j'étais toute seule, je pense que j'aurai fichu l'camp, sans bonjour ni aurevoir, mais sa soeur avait fait le tour, pour l'interpeler, me lâchant au passage. J'avais presque tendu la main pour qu'elle reste avec moi

"-Attend je... peux attendre..."

Mais la fin de ma phrase s'était perdue dans le brouhaha, avant qu'elle ne débranche son enceinte. J'ignorais pourquoi, mais j'étais morte de honte

"-Ta copine est là"


POV Thelma

Mais j'avais quand même fini par lâcher Victoire, fallait pas abuser. Avec le bruit nous enveloppant, je n'entendis pas ce qu'elle sembla me dire. Évidemment, Clyde ne nous calculait pas du tout, ce qui n'était pas un problème en soi. L'interpeler verbalement n'était guère une option tant la musique était forte : je voulais bien que Police ça soit chouette, mais je ne comprenais même pas comment mon frère faisait pour ne pas devenir sourd. Je pouvais également tenter une approche disons plus physique, lui tapoter l'épaule, le chatouiller, même. Mais j'avais un peu trop peur de me faire éborgner par une baguette à cause d'une réaction potentiellement brusque. Je tenais un minimum à mes yeux, même si je maudissais les lunettes que j'avais dû commencer à porter en classe cette année. 

Du coup, la dernière option me semblait mêler efficience et sécurité. Je m'avançai dans la pièce à pas feutrés, jusqu'à arriver à l'enceinte qui hurlait littéralement la musique et tirai d'un coup sec sur le câble, coupant instantanément la chique de Sting. Mon plan fonctionna assez bien puisque Clyde s'arrêta, visiblement ahuri. De toute évidence, il cherchait à comprendre ce qu'il se passait, le pauvre.

"-Ta copine est là."

Je me tenais à côté de l'enceinte débranchée : on pouvait toujours entendre un fond de musique provenant de son ordinateur portable, mais tellement rien en comparaison de ce que c'était quand nous étions rentrées ! J'avais mis les mains sur mes hanches, un petit sourire satisfait étirant mes lèvres. Le mot "copine" pouvait être totalement innocent. Néanmoins, je voulais voir la réaction de mon frère. Celle de Victoire était déjà impayable, mais elle, elle était trop mignonne, de toute façon. Trop pure... 

Parfois, je vous jure que j'avais l'impression d'être la grande sœur de la famille.


POV Clyde

Sans que je comprenne trop comment ni pourquoi sur l'instant, la musique s'arrêta, ou plutôt, perdit énormément de son intensité. Assis sur mon tabouret, j'arrêtai brusquement de jouer, déconcentré et un peu hébété de voir ma sœur à côté de l'enceinte maintenant débranchée et Victoire, se tenant un peu bêtement dans un coin, aussi à l'aise qu'un Galifeu dans un KFC. 

Il ne me fallu pas longtemps pour comprendre ce que Thelma avait fait, surtout quand elle me lâcha sa petite phrase avec son petit sourire sournois. Non mais elle espérait quoi ? Que je rougisse et bafouille comme une pucelle juste pour le mot "copine" ? Papa avait déjà fait le coup hier, c'est bon, j'étais pas né de la dernière Dracométéor, non plus. Je haussais simplement les épaules et souris quand même à Victoire, en mode loveur. En vrai, ça me gênait un peu qu'elle soit là, dans le garage. Genre j'aimais pas trop que les gens m'écoute quand je n'étais pas encore forcément au point... Mais je faisais style que tout allait bien et que j'étais grave à l'aise, remettant mes cheveux en place : je remarquai dans le même temps que j'avais eu un peu chaud et que je suais... Ultra glamour, tout ça.

"-Salut Victoire, ça va ?"

On ne faisait pas plus bateau, mais j'avais été bien élevé, que voulez-vous. Je faisais comme si Thelma n'était pas là, ça lui apprendra à faire sa maligne au milieu des grands... Je remarquai qu'elle semblait déçue et ça me fit sourire encore davantage, ce qui m'encouragea à continuer, tel le péteux que j'étais parfois. Et j'avais presque pas honte.. Presque. 

"-T'es prête à bosser j'espère ?"


POV Victoire

J'étais passée de courgette à tomate en une fraction de seconde, juste le temps pour Thelma de prononcer ces deux mots fatidiques : "Ta copine". J'avais jamais été très à l'aise avec ce "statut", hier déjà j'avais eu droit à tata Moka et sa délicatesse légendaire, et je pensais sincèrement être débarrassée de ce genre de désagrément avec Thelma, mais apparemment je m'étais trompée à son sujet : en fait, c'était pas une gentille, elle était comme Satine, du genre à vouloir mettre mal à l'aise son aîné, quitte à me plonger dans le malaise moi aussi... Mais Clyde semblait habitué. Il avait fait rouler ses yeux vers moi dans son habituel sourire narquois qui m'agaçait tant

"-Salut Victoire, ça va?
-Oui..."

Toujours aussi pompeux, je comprenais sa soeur dans un sens. J'avais tout juste marmonné, en regardant furtivement le grand garage aménagé, puis lui. Les murs étaient gris, je supposais que c'était du parpaing brut, avec un sol graveleux, du béton peut être? Enfin j'en savais rien, j'y connaissais rien, et je m'en fichais grave mais j'avoue que je m'étais posé la question quand même. Je souriais l'air de rien mais à vrai dire, ça n'allait pas fort : j'étais pas à l'aise, j'avais pas envie de travailler DU TOUT et j'étais un peu inquiète pour maman... en plus de me sentir comme une espionne de pacotille chez des ennemis potentiels des parents, et de me poser des questions chelous sur la maçonnerie du garage, mais j'avais préféré lui répondre que oui, ça allait. Son sourire me déstabilisait un peu et me faisait sentir comme si j'étais dans "Le dîner de cons", sauf que le Galifeu de la farce, c'était moi.

"-T'es prête à bosser j'espère?"

J'avais envie de lui dire "Bah franchement non, tu préfères pas qu'on commande une pizza et qu'on regarde une série sur Pokéflix?", mais s'il interrompait son concert improvisé, c'était sûrement pas pour faire ce genre de chose, et encore moins avec moi... 

"-Evidemment!"


POV Thelma

C'était pas franchement surprenant, mais Clyde n'avait même pas réagit. Ou du moins, il avait fait mine de ne pas réagir. Comme quoi, il commençait à en prendre de la graine et à comprendre que lorsqu'on ignorait, la personne en face se lassait. Allez juste savoir pourquoi il n'arrivait pas à appliquer ce conseil avec maman ! Alors que mon frère était le premier à vouloir faire croire à une certaine indépendance, il tombait dans le panneau presque à chaque fois quand elle l'asticotait. Gentiment, parce qu'il était de notoriété publique que maman adorait Clyde. N'allez pas croire que j'étais jalouse : ce n'était pas le cas. Maman avait beau avoir un surnom pour Clyde et pas pour moi, ça ne signifiait pas qu'elle m'aimait moins que lui. D'ailleurs, je me passais bien d'un sobriquet ridicule. Je ne me sentais pas moins aimée sous prétexte que mes parents m'accordaient moins d'attention. Si vous avez suivi, vous savez que c'était un peu ce que je recherchais. Mais le fait était que ça avait toujours été comme ça : Clyde avait beau faire style qu'il détestait le surplus d'attention de nos parents et plus particulièrement de maman, mais je suis certaine qu'il adorait ça... Comme il adorait faire son kéké des plages au lycée avec ses chemises et ses chaussures en cuir de Tauros que maman insistait pour lui prendre parce que c'était "trop beau et que ça tiendrait plusieurs années". Mais c'était une autre histoire. 

Encore une fois, je n'étais pas jalouse : je n'avais jamais à réclamer une robe ou des chaussures, maman était toujours la première à me demander si j'avais toujours des vêtements en bon état ou à ma taille. Elle était parfois dubitative quant au style choisi, mais jugeant que ça m'allait bien, elle me laissait faire tant que je n'abusais pas avec trop de froufrous au lycée. Quant à papa, tant que les jupons n'étaient pas trop haut sur mes cuisses ou que mes corsages n'en dévoilaient pas trop, il se gardait bien de faire une quelconque remarque. Papa était adorable de se faire du soucis, mais je trouvais ça tellement cliché de limiter ça à la longueur de mes vêtements que ça me blasait un peu, parfois. Comme si ma tenue allait prévenir une quelconque agression... D'ailleurs, c'est ce que maman lui disait quand il observait mes tenues, un peu comme si elle lisait dans ses pensées. 


"-De toute façon, c'est pas à ma fille de faire attention, c'est à ces Grotichon de pas la dévorer des yeux comme une pièce de viande, non mais !" 

Dans ces cas là, papa opinait du chef et ne répliquait pas vraiment, comme s'il savait qu'au fond, elle avait raison, mais qu'il ne pouvait s'empêcher de craindre les grands méchants Lougaroc venant lui prendre sa fifille, qui pourrait être protégée seulement avec quelques centimètres de tissu. Mais je m'égarais.

Du coup, bien que légèrement déçue car c'était toujours divertissant, je n'étais pas forcément vexée qu'il ne relève pas ma pique : tant pis, ça serait pour une prochaine fois et de toute façon, j'avais une vie qui m'attendait en dehors de ce garage, tout simplement. Néanmoins, je ne pouvais que me délecter de la figure toute rouge de cette pauvre Victoire. Une vraie petite baie Tomato. Je me demandais si elle était aussi épicée, mais je chassai cette pensée un peu idiote de mon esprit. Puisque plus rien d'intéressant ne se passait et qu'ils échangeaient des banalités, je sorti sans un mot, rejoignant la cuisine, Canarticho toujours sur ma tête. Et ça se voyait qu'ils ne m'accordaient pas la moindre attention : Victoire semblait captivée par notre garage et Clyde ne la quittait pas des yeux. 


POV Clyde

Je tenais quand même à signaler que la personne ne me demandait même pas comment moi j'allais, une Grahyena, je vous le disais ! Fallait croire que la pauvre Victoire était vraiment intimidée à l'idée d'être ici, ce qui me faisait me demander si Morticia aka Thelma ne lui avait pas raconté Arceus sait quoi pour qu'elle soit dans un tel état de malaise. Bon d'accord, j'exagérais : la nana était quand même du genre à bafouiller et à inverser les mots de ses phrases pour des broutilles et surtout, je verrais comment je serais chez elle demain. 

C'est pas que j'avais vraiment envie de taffer, j'aurais bien fait un peu n'importe quoi d'autre, je lui aurais même bien proposé une balade à dos de Libégon en mode Prince Ali sur son tapis volant, mais là, mon petit doigt me disait qu'elle aurait défailli, la mam'zelle... Et puis bon, c'était chelou comme idée. J'adorais la batterie, mais fallait croire que ça me crevait un peu pour que j'ai ce genre d'idée débile, tiens. Enfin passons. La miss avait l'air prête, alors je prenais soin de ranger mes baguettes puis de prendre mon pc portable sous mon bras.

"-C'est pas que ça m'enchante, mais plus tôt on commence, plus tôt on fini..."

Je me rendais compte que mes mots étaient maladroits : ça faisait un peu comme si j'étais trop blasé qu'elle soit là, alors qu'en soit bah... Je savais pas trop si j'étais content voyez-vous, mais on ne pouvait pas non plus dire que la présence de Victoire me faisait chier. Alors je tentai de me rattraper comme je le pouvais :

"-Enfin le boulot hein, j'vais pas te mettre dehors non plus ! Pas après tout ce chemin depuis la cambrousse Céladopoloise..."

Rire gêné. Je me faisais un peu pitié, parfois. J'arrivais bien à faire le pompeux sûr de lui et au dernier moment, je fichais tout par terre, ma vraie nature de puceau me rappelant à l'ordre. Alors que c'était une fille comme les autres quoi, zut. J'en venais à me demander si j'avais pas un peu plus de points communs avec Arthur que je ne le pensais et une goutte de sueur me coula le long de la colonne vertébrale, avant que je ne me reprenne. Non, évidemment que non. J'étais p't'être un peu couillon parfois, mais je lui arrivais pas à la cheville.

J'essayai de me reprendre et me rendis compte que Thelma avait filé. Je haussai les épaules et m'avançai vers la porte.

"-J'suppose que rester dans le garage te dit rien ? En tous cas, je préfère ma chambre, perso."

Je marquai une pause, conscient que c'était toujours pas ça niveau ton et détente. 

"-D'ailleurs, désolé que Thelma ait dû t'accueillir, comme tu vois, j'ai un peu oublié l'heure, ahem... Tu veux peut-être visiter la maison..?"


POV Cassidy

J'avais fini par me décider à sortir de mon trou : ce n'était pas en macérant dans ma gueule de bois qu'elle s'améliorerait et puis j'avais très envie d'un petit smoothie détox qui ferait parfaitement office de petit déjeuner. A 14h passées, parfaitement messieurs-dames. J'avais enfilé mes chaussons Teddiursa et m'étais levée de mon siège, abandonnant les copies d'étudiants indignes pour certains, brillants pour d'autres. 

Je me demandais vraiment pourquoi j'avais fini par enseigner la cosmétologie à l'université, j'avais parfois vraiment envie de prendre une de ces petites merdeuses pour taper sur l'autre et puis je me rappelais que j'avais eu leur âge il y a vraiment peu de temps. Et puis on m'avait toujours dit que j'étais pédagogue à ma manière : je parvenais à expliquer des choses techniques tout en me faisant craindre, respecter et même apprécier. J'étais trop douée, que voulez-vous ! Reprendre des études avait été une véritable épreuve à l'époque, mais je me voyais mal rester femme au foyer ou faire un boulot pourri et sous-payé. Je détestais l'idée d'être dépendante de Butch financièrement et surtout, je détestais l'idée de passer mes journées entières à la maison, même si ça pouvait signifier avoir tout le temps de me pomponner. Je m'étais orientée vers ce domaine grâce à mon expérience en labo avec le professeur Namba et c'était même lui qui m'avait recommandée à l'université de Céladopole : malgré son passif de scientifique à la Team Rocket et ses travaux controversés dans le milieu de l'étude des Pokémon, il demeurait respecté et son nom - quand on s'en souvenait - était synonyme de sérieux dans les laboratoires. Certains couchaient pour avoir leur promotion, moi j'avais juste du talent. Même si mon charme incommensurable n'était pas en reste, évidemment.

Dans la cuisine, je trouvai Thelma, qui revenait du garage. Elle me sourit avant de s'adresser à moi, son Canarticho sur la tête. 

"-Coucou Maman, la forme ?"

Je remarquai son maquillage un peu chargé, mais ne faisais pas de commentaire : j'étais trop fatiguée pour ces choses-là et je rêvais juste de mon smoothie. Néanmoins, je lui rendit son sourire.

"-Un peu crevée. D'ailleurs, tu feras attention quand tu commencera à boire, les mojitos sont bien plus chargés qu'à mon époque."

Je me rendis compte que je parlais comme une vieille peau et levai les yeux au ciel. Vite, mon smoothie. Je pelais mes fruits méthodiquement, les jetant dans le mixeur sans trop y prêter attention.

"-Et ta soirée chez ton amie ? Ça a été pour rentrer ce matin, Elsa t'a ramenée ?"

Je pouvais ressembler à une mère indigne, mais je n'aimais pas trop l'idée de fliquer ma fille, pour la simple et bonne raison que je lui faisais confiance. Dans le même temps, ce n'était pas que je ne faisais pas confiance à Clyde, mais je le savais moins mature que sa sœur. J'avais déjà vu Elsa une ou deux fois, elle me semblait être très responsable et mature pour son âge. Je savais qu'elle n'avait plus sa mère depuis un moment déjà, ce qui l'avait poussée à grandir vite, d'autant plus que son père n'avait pas l'air d'être très dégourdi. J'ignorais pourquoi, mais je sentais que cette fille était digne de confiance, malgré les piercings et autre tatouages qu'elle arborait déjà à quinze ans. Thelma s'accouda au bar, près de moi.

"-C'était chouette, on a fini le DM de maths et oui, elle m'a ramenée. Au fait, la copine de Clyde est là."

Je connaissais cette expression. Si on disait volontiers que Thelma ressemblait à Butch, elle avait tout de même aussi pas mal pris de moi. Et je savais en voyant ses yeux briller que ça valait le détour.

"-Ils sont dans sa chambre ?"

Je ne les avais pas entendu monter, mais en même temps, pardonnez la vulgarité, mais j'avais vraiment la tête dans le cul depuis mon réveil. Et le fait de regarder mon téléphone suite à sa vibration me fit soupirer : le Stalgamin du bar. "Salut beauté, ça te dirait d'aller boire un verre prochainement ? J'ai cru comprendre que t'aimais bien les mojitos ;) ;)" Plus jamais je boirais (jusqu'à la prochaine fois) et surtout pas avec ce BOUFFON. Je pris soin d'effacer le message dans un soupir et de bloquer le numéro avant d'accorder toute mon attention à Thelma qui allait me répondre, finissant en même temps de remplir mon mixeur de feuilles et de graines dans un mélange peu ragoutant pour le commun des mortel, mais hyper sain et bon.

"-Non, non..."

Toujours ce même sourire. J'enclenchai le mixeur, me faisant louper le bruit de la porte reliant le garage et la cuisine.


POV Victoire

Toujours plantée comme un Simulabre dans mon coin, j'avais soudainement remarqué que Thelma était partie, et étrangement, je m'étais sentie abandonnée. J'avais fixé quelques secondes la porte fermée tandis que Clyde s'était levé et avait récupéré son ordinateur, après avoir mis en ordre ses baguettes. La musique s'était coupé quand il l'avait clapé, et à mesure qu'il s'avançait, que je sentais un peu plus mal à l'aise.

"-C'est pas que ça m'enchante, mais plus tôt on commence, plus tôt on fini..."

Je savais pas trop comment le prendre, d'un côté il avait raison, mais ça accentuait le fait que je me sente de trop. Je le regardais avec un sourire gêné, sans bouger d'un pouce

"-C'est pour ça que j'suis là..."

Je tripatouillais mon bracelet, nerveuse, mais il s'était reprit de lui même

"-Enfin le boulot hein, j'vais pas te mettre dehors non plus ! Pas après tout ce chemin depuis la cambrousse Céladopoloise..."

Encore une fois, je savais pas comment le prendre, d'autant plus qu'il avait pouffé, alors j'avais froncé les sourcils, avant de répliquer sur un ton qui se voulait plus calme et qui était sorti plutôt moqueur, finalement

"-Je suis pas pressée, je suis en route depuis hier soir, à dos de Camerupt depuis mon trou perdu alors..."

J'étais pas drôle, et je l'savais, pas la peine de me faire une remarque désobligeante! N'empèche qu'il avait souri. Je n'osais toujours pas bouger, et de toute évidence, lui non plus, à croire qu'en fait, il était autant à l'aise que moi. Sa chemise était tâché d'auréoles de transpirations, mais étrangement, je trouvais qu'il sentait bon. Et au final, il s'était décidé à faire le premier pas

"-J'suppose que rester dans le garage te dit rien ? En tous cas, je préfère ma chambre, perso."

J'avais rien répondu, peut être parce que sa chambre, ça m'angoissait encore plus que le garage. J'espérais ne pas être trop rouge, même si je m'faisais pas trop d'illusions au vu de la chaleur ressentie dans mes joues...

"-D'ailleurs, désolé que Thelma ait dû t'accueillir, comme tu vois, j'ai un peu oublié l'heure, ahem... Tu veux peut-être visiter la maison..?

-Non c'est... c'est avec plaisir que rien, c'est... Après toi"

J'avais encore bafouillé, et plus que jamais, je voulais m'enterrer plus profond que ce vieil Hopkins pour échapper à la honte. Je l'avais laissé sortir de la pièce, et tandis qu'on se croisait, je m'étais sentie plus détendue : pour la première fois depuis que j'avais mis un pied dans cette maison, j'avais un bon pressentiment... jusqu'à ce que je vois sa mère et sa soeur accoudées au bar, sourires en coin. Comme quoi, mes pressentiments, c'était souvent de la merde...

"-Bonjour..."


POV Jessie

"Maternité Sainte Leuphorie."

J'avais observé l'écriteau branlant quelques secondes, hésitante à entrer... La dernière fois que j'avais vu ces lettres géantes bleues toutes pourries dont la moitié ne s'éclairait même plus, c'était de la fenêtre de la voiture quand on était rentrés après la naissance d'Oliver et j'avoue que je n'pensais pas revenir ici de sitôt, mais enfin je revenais pour la morveuse cette fois alors je supposais que c'était une bonne raison, enfin une raison "valable". Faut dire que les révélations d'hier soir ne m'avaient pas laissée de marbre, j'avais un cœur, i'n'faut pas croire!

"Ofé quoi maman...?
- Viens..."

Oliver commençait vraiment à m'agacer à ne jamais daigner marcher tout seul (ou du moins... pas assez vite à mon goût) et à toujours se pendre à mon cou en CHOUINANT, il était encore pire que son père, décidément... Sans compter qu'il devenait de plus en plus lourd. Je l'avais reposé illico, hors de question de me courbaturer, j'avais deja assez de soucis comme ça avec cette histoire de morveux!

"-Bon allez, tu vas marcher trésor hein, tu es plus un bébé maintenant, viens..."

J'avais empoigné sa petite main et on avait rapidement franchi le hall gris et décrépi. Pour le centre hospitalier d'une grande ville comme Céladopole c'était tout bonnement inacceptable, les décorateurs devaient être aussi âgés d'Hopkins voir dans le même état qu'lui! Mon attention avait d'abord été attirée par la boutique : ramener une carte ringarde, un Teddyoursa en peluche ou des fleurs, c'était peut être un peu exagéré, après tout c'n'était qu'une morveuse et son mouflet... Mais lui refourguer un présent serait sûrement plus simple pour engager la conversation. On était donc entrés dans le magasin, mais le prix exorbitant de ces idioties m'avaient glacé l'sang : ce s'ra des fleurs. J'n'y connaissais pas grand chose, il faut dire que je laissais James vaquer à son jardinage tout seul, et ça avait du bon puisque c'était justement lui qui fournissait ce fleuriste d'hôpital, a en croire le logo sur la devanture. Evidemment, j'avais choisi un bouquet tout fait

"-Ça fera 35 Pokedollards

-J'VOUS D'MANDE PARDON?! C'est mon mari qui vous livre ces fleurs espèce d'imbécile, vous allez m'faire payer les fleurs de mon jardin?!"

Et bien il fallait croire que oui, j'avais payé mes propres fleurs, enfin je les avais simplement avancé, parce que je comptais bien rev'nir avec James pour me faire rembourser! Raaaaahh j'vous jure, quelle humiliation! Si j'n'avais pas été avec Oliver ça n'se s'rait pas passé comme ça! Cette journée était décidément interminable... On allait atteindre le bureau d'accueil lorsque je m'étais rendue compte que j'n'avais aucune idée du nom de la morveuse

"-Vous cherchez quelqu'un?"

Oliver s'était caché derrière ma jambe, effrayé par cette bonne femme, et pour cause : cette ringarde portait une marinière avec une jupe à carreaux! J'avais souris un peu niaisement

"Ahem, oui, je cherche la chambre de euh..."

Impossible de me rappeler de son fichu nom, pour moi c'était "la morveuse rousse", et puis elle s'était mariée mais... je doutais que son nom soit "du bourg Palette". Pourtant, mine de rien, on l'avait côtoyé longtemps, c'était presque comme... si je m'apprêtais à revoir un vieil ami de la Pokémon Tech, enfin si j'avais eu des amis dans cette gargote, puisque cette école de crétins n'était remplie que d'hypocrites et de sales greluches toutes plus cruches les unes que les autres... Je n'avais heureusement pas eu à chercher plus longtemps puisque j'avais aperçu le morveux au bandeau d'aérobic passer avec une morue blonde : sûrement ces ringards avaient ils été voir le bébé morveux! Mais d'où est ce qu'ils venaient...? Je les avais suivis du regard jusqu'à ce qu'ils sortent et...

"-Madame...?

-Oui oui, excusez moi je... cherche une... une vieille connaissance qui vient d'accoucher mais je n'sais pas son nom... de mariage.

-Mamaaaan gegad la le pikatchou...

-PIKACHU?"

Mon sang n'avait fait qu'un tour et j'avais fait un bond en me retournant : ce sale petit rat qui avait gâché ma vie, ah ca non, j'étais plus ou moins prête à revoir la morveuse mais certain'ment pas le morveux en chef et encore pire : Pikachu... qui n'était en réalité d'une image sur le mur, un simple Pikachu quelconque sur une affiche publicitaire... du calme Jessie, détend toi ma grande, c'est pas lui, juste un simple Pikachu imprimé en train de... poser avec une... bouteille de Ketchup..? Mes neurones s'étaient tous connectés ensemble et ça m'était venu, comme ça, un éclair de génie, ce qui n'était pas surprenant, puisque j'étais géniale...

"Ketchup...!

"-Pardon?!"

- C'est... c'est Madame KETCHUM! Donnez moi l'numero chambre!

- Euh.. Oui c'est la chambre 428... vous êtes sûre que ça va...?"

- J'en sais rien, mais une chose est sûre : votre look ne va pas du tout, bonne journée!"

Et j'avais foncé à travers les couloirs sinistres vers l'ascenseur en embarquant Oliver dans mes bras, avant de me demander ce que je FICHAIS à courir comme une demeurée.


POV Moka

Presque 14h30 : le coup de feu d'entre midi et deux était passé et j'avais encore un peu de temps avant 16h qui marquerait le temps du goûter pour les petits et les grands. Comme la pâtisserie était calme, je m'étais dis que c'était le moment opportun pour m'éclipser une petite heure : je faisais pleinement confiance à Qulbutoké et à mes Okéoké pour gérer la situation en cas de clients. J'avais donc quitté ma forteresse sucrée : je n'étais pas peu fière de ma boutique de Céladopole, située au centre de la ville, facile d'accès et dont la réputation n'était plus à faire. Elle contenait aussi une petite partie salon de thé, décorée par mes soins dans des tons pastels, avec des petites tables et chaises en fer forgé et des cadres contenant des photos de Pokémon ravis de déguster mes gâteaux - d'ailleurs, la gamme élaborée spécialement pour les Pokémon faisait un tabac, presque autant que mon clafoutis à la baie ceriz. Les pâtisseries étaient présentées de façon optimale et donnaient l'eau à la bouche même à la personne la plus farouchement au régime, foi de Moka ! ... D'accord, je n'étais pas un exemple en terme de régime, mais en attendant, j'y pouvais pas grand chose si j'avais toujours la capacité de m'habiller au rayon ados voire grands enfants ! Quoiqu'il en soit, ce n'était pas mon amie Serena qui allait me contredire en terme de régime difficile à tenir, mais je m'égare.

Bien sûr, quelques boulangeries de seconde zone tentaient encore de me voler mes clients, mais ceux-ci voyaient vite la différence entre leurs gâteaux et les miens. Et je ne disais même pas ça pour me vanter - je ne m'appelais pas Cassidy. Mais croyez-moi, on sentait la différence entre des pâtisseries classiques et des mets fabriqués par les exquises petites patounes d'adorables Okéoké. Mais vous inquiétez pas, j'allais pas commencer à raconter à quel point les Okéoké et les Qulbutoké étaient des créatures formidables ou il faudrait au moins l'après-midi entière. Et je n'avais pas l'après-midi entière.
J'avais un rendez-vous important pour moi. Comme parfois le samedi, j'attendais après 14h pour aller déjeuner avec mon vieil ami Butch. Vieil ami, ça n'avait pas toujours été aussi simple et je ne savais pas trop si c'était simple même aujourd'hui vu ce que je lui avais sorti hier à la conférence... "J'pensais quand même que t'étais venu pour moi, Butch... Enfin pour mes gâteaux, naturellement." Non seulement je pouvais me vêtir chez les ados, mais en plus, je me comportais comme si j'en étais une... Pas de quoi être fière. Je m'étais bien moquée de Clyde et de sa copine tous deux vêtus de rouge, mais fallait croire que je valais pas beaucoup mieux quand je m'y mettais. Alors que j'accélérais le pas vers le garage Ackerman qui se trouvait à quelques rues de ma pâtisserie, je me mordis la lèvre inférieure, comme si je me retrouvais plus de quinze ans en arrière.

"-Te voilà !

- Me voilà."

Ma voix avait beau être aussi monocorde que d'habitude, j'étais certaine que Butch me connaissait assez pour comprendre que j'étais contente de le voir. En même temps, j'étais toujours contente de le voir. Surtout sans la blonde dans les parages. Cela me ramenait des années en arrière lorsque lui était gentil avec moi, qu'on arrivait même à discuter après le boulot et qu'elle ne trouvait rien de mieux que de me parler de mes ongles rongés ou de fourches au bout de ma tignasse. C'était classique, j'vous l'accorde bien volontiers. Mais fallait bien que j'ai un côté classique au milieu de ma bizarrerie, que voulez-vous. Butch s'essuya les mains avant de s'avancer vers moi, un petit sourire aux lèvres. Je ne détaillais même plus le garage des yeux, je le connaissais bien pour y venir souvent. Pas que j'avais une voiture à réparer, mais nous élaborions parfois des machines ensemble, des machines diaboliques qui ne serviront jamais. Je me contentais de le détailler lui, même si je le connaissais encore mieux. C'était trop cliché, mais j'avais toujours aimé ses yeux noisettes qui avaient ce je-ne-sais-quoi de chaleureux, une certaine bienveillance pour un ancien criminel.

"-Tu vas bien, depuis hier ? Très bons tes gâteaux, au fait. Je regrette pas d'être venu rien que grâce à ça."

Je revins à l'instant présent. Tout ça allait trop loin, surtout que je ne pouvais plus vraiment me permettre les rêves éveillés avec lui comme protagoniste. De base, je ne pouvais pas à cause de sa femme et des gosses, m'enfin depuis quelques temps, c'était encore plus déplacé. J'avais rencontré un mec bien il y a quelques mois, maintenant. L'une des rares personnes avec qui je pouvais parler machines, science, même. L'une des rares personnes à pouvoir me faire oublier ces yeux noisettes, du moins en théorie. J'étais toujours placide devant lui, alors qu'il devait commencer à s'impatienter : lui non plus n'avait pas encore mangé.

"-Ça va et toi ? Contente que ça t'ait plu. On mange ?"

J'avais apporté nos deux déjeuners. Ce n'était pas si bizarre, en soi : la cuisine n'était pas forcément l'un de ses talents et il se trouvait que c'était mon métier. Autant que ça serve, n'est-ce pas ? Il sembla s'amuser de mon appétit légendaire, tandis qu'on allait s'installer dans le petit parc à deux pas de son garage.

"-C'était... Mouvementé. Hier, je veux dire. La morveuse - enfin celle qu'on a appelé "morveuse" - qui se met à accoucher devant tout le monde...

- Toi qui fuit pour la deuxième fois de la soirée."

Il sembla surpris, ce qui étira légèrement mes lèvres dans un sourire. Non pas que j'aie su spontanément le numéro de sa place, mais j'avais assisté au petit échange entre Butch et James, que je ne connaissais que de très loin : je me rappelais que Mondo avait bossé pour lui et la nana que Cassidy détestait, qui d'ailleurs avait un merveilleux Qulbutoké. Mais je m'égarais.

"-Roh ça va, j'me voyais juste pas me battre contre cette championne... Me juge pas."

Je ne pris pas la peine de répondre, mon léger sourire suffisait, tandis que j'enfournais une fourchetée de salade Galifeu César dans mon gosier affamé.

"-Par contre, Clyde se pose des questions. Sur notre passé. Et si Cass apprend qu'il travaille en binôme avec la fille de Jessie, ça va partir en cacahuète, c'est moi qui t'le dit...

- Oui, je les ai vu pendant que tu jouais à cache-cache avec le génie extrême.

- C'est fin, très fin...

- Ça s'mange sans faim ?"

Butch semblait exaspéré par mon humour douteux, mais j'étais plutôt contente de moi. Je repris, indifférente à ses yeux levés au ciel.

"-Ils étaient mignons, tout de rouge vêtus. Ils l'ont pas trop bien pris quand je leur ai demandé s'ils allaient à une corrida après.

- Qui l'aurait bien pris, Moka ? Tu m'fatigues, tu sais ?"

J'avais beau le fatiguer, il avait l'air plutôt amusé et son expression trahissait une certaine tendresse qui provoquait chez moi un genre de chaleur. Surtout du côté du palpitant. Et puis je pensais au blond que je reverrais ce soir et replongeai mon nez dans ma salade. Je passai du Braségali au Tiboudet sans sourciller, ce qui ne sembla pas choquer Butch.

"-Au fait, vous venez au mariage ? Les gosses aussi ?

- Juste Cass et moi. On a pas trop envie que les enfants se posent plus de questions ou en sachent plus. Et toi? Traiteur ou invitée ?

- Simple invitée, cette fois. J'ai pu négocier pour amener un +1 et une amie."

Là en revanche, il sembla davantage surpris.

"-On va donc enfin voir la fameuse personne que tu fréquentes ?"

Je me disais que ça avait été une erreur dès le début de sacraliser le fait que je fréquente quelqu'un, mais ça me gênait beaucoup trop d'en parler... C'était même pas que je n'assumais pas ou que j'avais honte d'être un peu plus âgée que lui, mais... Non, ça me mettait juste hyper mal à l'aise de parler de ça alors que pendant des années, j'avais eu des sentiments pour le même homme. Il fallait croire que j'étais davantage à mon aise sur le dos d'un Rapasdepic sauvage qu'à parler de mes histoires de coeur.

"-Il semblerait. Mais je n'en dis pas plus pour le moment."

Comme si le fait de formuler que je sortais avec un autre allait me faire détourner les yeux des siens. T'étais bien naïve, ma pauv' Moka.


POV Clyde

Je devais avouer que sa petite vanne à propos de sa venue à dos de Camerupt me fit sourire : malgré son côté Grahyena un petit peu coincé du cul, elle savait être drôle la Mam'zelle. Bon par contre, on avait pas pu échapper à une nouvelle bafouille de sa part. Cette nana devait vraiment avoir des soucis d'élocution, à moins que je ne l'intimidais ? J'avais la vague impression qu'elle n'avait pas du fréquenter beaucoup de mecs à part un ou deux de ses potes de la classe avec qui je l'avais parfois vue. Globalement, elle restait plutôt avec Miss-J'écarte-Les-Cuisses-A-Tout-Va-Alice et Jenny. D'ailleurs, j'avais presque oublié qu'elle m'avait envoyé un message toute à l'heure... Mais je sais pas, je me sentais pas à l'aise de répondre là, au milieu de tout et surtout devant sa copine. C'était un peu chelou, non ? Et puis j'avais pas trop envie qu'elle pose de question. Je trouvais Jenny sympa, plutôt mignonne, mais de là à affirmer qu'elle me plaisait à fond, j'en savais trop rien... Du coup, les commentaires d'une Miss Grahyena pote avec la demoiselle en question ne m'aideraient pas à y voir plus clair. 

En tous cas, il était temps de quitter le garage pour monter dans ma chambre. Avec ma chemise un peu humide dans le dos, j'avais pas l'air fin, je me tâtais à me changer, mais je supposais que Victoire risquait de défaillir en voyant mon torse aux muscles saillants... Nan, je blague. Enfin j'étais pas une crevette sans muscles, mais de là à parler de "muscles saillants", fallait pas abuser non plus. Mes pensées se dirigèrent vers la journée de demain, la piscine chez les Morgan... Et puis j'ouvris la porte du garage pour tomber nez à nez avec Thelma et maman, accoudées au bar de la cuisine. Maman se préparait son immonde smoothie vert soi-disant détox et arborait le même sourire en coin que la frangine en me voyant avec ma camarade de classe. Qu'est-ce que j'avais fait à Arceus pour mériter ça ? Pourquoi Thelma n'était-elle pas retournée à son bouquin ou mieux, à ses barbouillages dans sa chambre ? Et pourquoi maman n'était-elle pas au fond de son lit à maudire le taux d'alcool des mojitos de nos jours ou au mieux, dans sa salle de bain à se pomponner ? Quoique si je devais en juger par son teint de baie pêcha, elle avait déjà dû faire ça plus tôt dans la journée. En plus, je constatai qu'elle portait sa tenue des jours de flemme et ça me foutait encore plus la honte. Qu'on se le dise, même si ça me dégoutait de dire ça de ma daronne, c'était une bonasse - pour reprendre le termes dégueux de Mathias -, mais être comme ça devant une nana que je connaissais finalement pas tant que ça et dont la mère détestait apparemment la mienne me malaisait au plus haut point.

"-Bonjour ! Tu nous présentes, mon Poussifeu ?"

Non mais là, maman se foutait littéralement de moi avec son ton mielleux et son sourire jusqu'aux oreilles ! En plus, elle versait sa mixture verte toute dégueu dans un verre et eu même le culot d'en proposer à Thelma comme si de rien n'était. Mais une chose était sûre, j'étais super heureux que ce soit papa qui soit venu hier à la conférence... Je déglutis avant de tenter de reprendre contenance.

"-Elle est assez grande pour s'présenter toute seule..."

Je jetai un rapide coup d'œil vers la demoiselle qui semblait encore moins à l'aise que précédemment, puis poussai un soupir. De toute façon, je savais d'avance que maman poserait des questions, donc autant lui donner un coup de pouce, j'imagine.

"-Mais du coup, c'est Victoire, on bosse ensemble en Histoire. J'pensais qu'on allait s'y mettre là, tout de suite, qu'on soit efficaces."

Tentative assez pitoyable de "on a du travail faut qu'on y aille", mais je connaissais maman, je savais que ça ne suffirait pas. Si j'avais eu de la chance en premier lieu, on aurait même pas débuté cette conversation. 


POV Cassidy

Je détaillais de haut en bas la jeune fille qui accompagnait Clyde : de taille moyenne, de corpulence moyenne, des yeux marrons, tout semblait respirer la normalité et l'ordinaire chez elle. 

"-Bonjour ! Tu nous présentes, mon Poussifeu ?
- Elle est assez grande pour s'présenter toute seule..."

Enfin pas tout : la couleur de ses cheveux était plutôt singulière, de même que cette robe verte qui faisait encore davantage ressortir... Comment décrire cette couleur ? Magenta ? Cela me rappelait étrangement quelqu'un et cette pensée me rendait curieusement patraque. Mais ça devait simplement être les abus de la veille ainsi que mon portable qui vibrait sur le bar, écran contre la surface dure. Heureusement, mon smoothie était prêt et j'allais pouvoir m'installer tranquillement devant ma série. Mais avant, je crois que j'allais sauter sur cette occasion très spéciale. Clyde était quand même bien naïf d'espérer que je laisse filer cette demoiselle sans plus de questions. C'était trop rare qu'il amène une fille à la maison pour que ça ne pique pas mon intérêt, surtout que d'habitude, il faisait plutôt équipe avec l'un de ses amis. Quoique connaissant son bouffon de prof, ça ne m'étonnait même pas que ça soit le genre à imposer les binômes. Du coup, il était de mon devoir de mère de vérifier avec qui mon Poussifeu travaillait, vous ne pensez pas ?

"-Évidemment que Victoire est assez grande pour parler d'elle."

Je reportais toute mon attention sur cette jeune fille qui restait comme pétrifiée dans son coin, comme si j'allais la manger. La pauvre, c'était adorable. J'échangeais un regard avec Thelma qui semblait partager mon avis.

"-Vous ne voulez pas boire un petit quelque chose avant d'aller travailler ? Pour vous motiver. En plus, t'es en nage Clyde, tu devrais te changer. On a du thé, du café, du jus de baie... Tu as envie de quelque chose, Victoire ?"

Tout en disant cela, j'avais mis mon téléphone dans la poche de mon short et avait débarrassé le bar des épluchures et du mixeur que j'avais respectivement placés à la poubelle et dans l'évier. 

"-D'ailleurs, désolée pour ma tenue. C'est tellement rare que Clyde amène une jeune fille ici..."

Petit sourire en coin, joues carmin de mon petit garçon qui n'en est plus vraiment un. Et je ne parlais même pas de Victoire. Vous trouviez ça peut-être un peu limite de ce moquer de ces pauvres ados, mais que voulez-vous : que ça soit à vint ou à quarante ans, je demeurais une peste et j'assumais parfaitement. Et puis ce n'était même pas comme si c'était méchant !


POV Jessie

"Chambre 428"

J'étais de nouveau pétrifiée face à la chambre, tout comme je l'étais face à l'entrée tout à l'heure, me sentant minuscule devant cette fichue affiche d'un Bekipan portant un bébé dans un bout d'tissus. Pff, ridicule! Comme si après avoir souffert le martyr a faire sortir tout un mioche de son anatomie, on allait croire que les mouflets apparaissaient tout cuits dans l'bec d'un Bekipan, à d'autres! Faut pas croire les magazines de mégères qui disent qu'un accouchement ne fait pas mal, c'est des foutaises, moi j'vous l'dis : c'est l'enfer, ça vous déchire les boyaux, et quand vous croyez qu'c'est fini, y en a encore, mais y a comme une sorte de convention collective imaginaire des mères du monde qui vous interdit d'parler ça, histoire que l'espèce humaine ne s'éteigne pas. Il fallait arrêter de prendre les gens pour des imbéciles! Mon accouchement... quelle horreur! Ca m'rajeunissait pas tout ça, et comme je détestais penser à mon âge, j'avais une humeur de Ponchien tout à coup, mais rev'nons en à mon histoire. J'avais arrangé les fleurs avant d'avaler ma salive pour essayer de virer cette satané boule dans ma gorge mais rien à faire, elle ne partait pas, et voilà que je commençais à tourner d'l'oeil... Mais ca n'me ressemblait pas! J'étais pas du genre à avoir peur d'une porte, qu'est ce qu'j'fichais?! J'avais quand même été une criminelle de renom! J'avais quand même arrêté les agissements des Team Magma et Aqua il y a quelques années! Quoi???!!!!!?! COMMENT ÇA vous avez regardé AG et vous savez qu'je mens!?... Et bah oui, je mens, ne soyez pas surpris, c'est même ma spécialité! Enfin c'était... croyez le ou non, j'avais changé! Enfin, pas tout à fait, j'étais toujours aussi belle et talentueuse, mais enfin passons, nous ne sommes pas là pour parler de moi (ne soyez pas déçu, je finirai un jour par écrire mon autobiographie). J'avais quand même fini par taper à la porte d'une main incertaine, avant d'entendre sa voix fluette et... insupportable, en somme

"-Entrez!"

BON SANG mais qu'est c'qui m'prenait?! Voilà que j'avais le cœur qui battait à toute vitesse comme si j'étais une midinette prête à rencontrer son boysband préféré! Même ma fille était plus calme quand elle voyait Drew, raaaAAAAhh ALLEZ JESSIE OUVRE CETTE PORTE ET ARRÊTE DE FAIRE TA MIJAURÉE! J'avais fermé les yeux un instant et soufflé un bon coup avant d'ouvrir la porte dans un immonde grincement irritant qui me donnait envie de TOUT CASSSSSEEEER!

"-Bonj... our...?"

J'étais restée complètement choquée par la morveuse dans son grand lit blanc, immobile, l'air idiot, à la fixer comme si je venais de voir un fantôme. James n'avait pas menti, c'était un réel choc, et pourtant elle n'avait pas vraiment changé, elle avait juste... grandit. Ses cheveux étaient plus longs à en juger par la taille de son chignon décoiffé et elle semblait épuisée, mais ça semblait logique après avoir accouché... On était pas toutes comme Lady Di à fanfaronner à la sortie de la maternité comme une femme accomplie! Qui croyait elle duper celle là? Sous sa robe rouge, elle était comme nous toutes : culotte filet et serviette hygiénique! 

"-Euh... hinhin..."

J'avais rigolé niaisement en me tripotant les mains comme une imbécile avant me défiler, parce que j'étais peut être une grande actrice, je restais la reine de l'évasion...

"-Je me suis trompée de chambre..."

J'avais tenté un repli stratégique mais...

"-Jessie..?"

...QUOI? Elle m'avait r'connue? Mais comment c'était possible alors que pendant des années on arrivait a passer incognito avec de simples lunettes de soleil?! J'étais... démasquée, si près du but! Ah non c'était vraiment trop moche! Je me demande encore ce qui m'avait pris de répliquer ça...

"-Euh je euh... je suis de retour?"


POV Victoire

Ok, temps mort. J'étais là, dans la pièce, tel un épouventail, mais mon cerveau fusait, et pour analyser tout ça, il aurait fallut mettre le temps en "pause", sauf que c'était pas possible. La première chose à laquelle j'avais pensé, c'était à m'enfuir, à leur rire au nez avant de leur dire : "Ok les gars, on arrete tout, on a bien ri mais je rentre chez moi maintenant, vous pouvez arreter la caméra cachée" tellement c'était affreux. Le Galifeu de la farce, partie 2, en pire, face à la mère, la soeur et le Canarticho. J'en venais presque à me demander si sa grand mère n'allait pas sortir du placard elle aussi pour m'accueuillir et me fiche la honte. Sa mère ouvrit le bal, suivi de Clyde

"- Bonjour ! Tu nous présentes, mon Poussifeu ?
- Elle est assez grande pour s'présenter toute seule... "

Et c'est là que j'avais compris : c'était lui en réalité, la cible, et moi bah, j'étais là comme une pure crétine, au beau milieu d'une bataille navale de malaise familial, la bouche en coeur, sans pouvoir en placer une, pétrifiée par le regard de sa mère qui semblait me juger. Je savais que ma robe était trop courte, et que les Converses, ça le faisait pas : elle devait me prendre pour une allumeuse, et une allumeuse plouc de surcroit... Ah non, c'était affreux, abominable, j'avais l'impression de me liquéfier comme déjeuneige au soleil sous son regard plus destructeur que celui de Cyclope dans X-men. Et là, j'avais pensé à tout en même temps : cette femme connaissait maman, elles se détestaient et ça avait un rapport avec les flics et la Team Rocket, elle était jolie, elle ressemblait à Clyde, je l'avais déjà vu en cours, elle buvait un truc vert mousseux, elle devait me prendre pour une fille qui drague son fils, mais pourquoi je le draguerais? Il avait dit quelques choses? Peut être qu'il lui avait dit du mal de moi...Trop d'informations à la seconde qui me donnèrent le tournis et m'empèchèrent de répondre avant lui

"- Mais du coup, c'est Victoire, on bosse ensemble en Histoire. J'pensais qu'on allait s'y mettre là, tout de suite, qu'on soit efficaces."

Clyde m'avait coupé le Mystherbe sous le pied, et franchement, j'ai cru pendant une demi seconde qu'elle lacherait l'affaire, et j'avais réalisé que j'étais débile : j'étais juste là pour bosser, sa mère le taquinait comme une mère normale, tout était normal. Mais non. Les mots de papa hier ne sortaient pas de ma tête, il fallait que je sache, mon enquête ne pouvait pas attendre : il fallait que je me ressaississe, parce qu'à cette allure là, je ne découvrirai jamais rien

"- Vous ne voulez pas boire un petit quelque chose avant d'aller travailler ? Pour vous motiver. En plus, t'es en nage Clyde, tu devrais te changer. On a du thé, du café, du jus de baie... Tu as envie de quelque chose, Victoire ? D'ailleurs, désolée pour ma tenue. C'est tellement rare que Clyde amène une jeune fille ici..."

J'avais souri nerveusement, tandis que Clyde était carrément rouge. Il avait une réputation de beau goss à l'école, du genre tombeur cool qui peut avoir la fille qu'il veut, mais de toute évidence, ça n'était jamais sérieux, du moins pas au point de présenter quelqu'un à ses parents... En tout cas, bien qu'apparemment ennemie numéro 1 de la famille, elle semblait plutôt gentille... ou tout simplement polie, j'en savais rien.

"-Y a pas de mal, c'est le week end..."

Je lui avais souri : elle avait pas vraiment à s'excuser, après tout elle était chez elle, et foutue comme elle était dans son short, c'était plutôt à moi de m'excuser d'être un boudin ringard. Elle balayait les épluchures de ses fruits, et je ne pu m'empecher de trouver cette mixture étrange, mais j'osais pas vraiment lui demander ce que contenait ce truc semblant tout droit sorti d'un chaudron de sorcière. Je pouvais pas m'empêcher de la regarder, ne serait-ce que parce qu'elle ressemblait beaucoup à Clyde, ou plutôt l'inverse. Pour son âge, elle était vraiment très belle, avec un joli visage et des cheveux blonds pour lesquels je paierai, mais n'allait pas dire à maman que je pensais ça de son ennemie jurée. Après tout, parfois, j'aimais bien Seviper... Mais ne lui dites pas ça non plus, sinon elle me forcerait à fiche Mangriffe dans la petite serre des laissés pour compte, avec Vorastérie et l'affreux bout de tissus qu'était Mimiqui. J'avais inspiré doucement, puis expiré : allez Vic, c'était le moment, l'enquête avant l'exposé et les civilités...

"-Je veux bien un café... s'il vous plait. Merci d'avoir accepté que je vienne travailler ici... vous avez une très jolie maison."

Et là, dans mon fort intérieur, je voyais un stade remplis de gens fiers qui m'applaudissaient, avec des pancartes disant "Bravo Vic, tu l'as fait!", et je dansais, je sautais, je m'auto-acclamait, et j'avais même fait le moonwalk : parce que oui, je l'avais fait, j'avais parlé sans bafouiller, et ça, c'était à marquer d'une pierre foudre.


POV Cassidy

Du peu que je voyais, cette jeune fille m'avait l'air somme toute convenable. Je ne détachais pas mon regard d'elle, ce qui devait sans doute rassurer Clyde que j'entendais soupirer dans son coin : je me mettais peut-être à faire la vieille peau, mais j'avais tout de même toujours l'ouïe fine ! Et puis de toute façon, on allait pas se raconter d'histoire, on savait tous que j'étais encore aussi jeune, fraiche et belle qu'un Rozbouton. Même si pour filer la métaphore Pokémon, un Rosélia ou un Roserade serait plus à propos, mais bref. Tout ça pour dire que j'étais enchantée qu'elle accepte ma proposition, j'allais pouvoir poser toutes les questions qui allaient me passer par la tête. Ne vous méprenez pas : mon but n'était absolument pas de mettre mon petit garçon chéri dans l'embarra, absolument pas. Je n'étais pas une mère indigne, tout de même !

J'avais simplement besoin de satisfaire ma curiosité maladive, parce que le dernier numéro du torchon à potins du bureau jouxtant le labo à la fac était franchement dénué d'intérêt. Et puis il fallait croire que prendre de l'âge nous nuisait à tous : même les racontards d'Harley étaient moins savoureux qu'avant. Mais peut-être était-ce simplement parce que je ne me sentais absolument pas concernée par la cellulite de Kim Karaclee ou par ce qui pouvait arriver au "petit couple parfait et si agaçant" dont me parlait Harley. Qu'est-ce que j'en avais à faire que Drew ou peu importe son nom avait offert une bague en diamant à sa fiancée, hm ? Du coup, je supposais que connaître davantage cette jeune fille ordinaire m'intéressait juste parce quelle fréquentait mon fils. Et le jour où mon Poussifeu arrêtera de m'intéresser, il faudra sans doute m'interner. Un peu comme le jour où je déciderais de porter des crocs. Mais là n'était pas le sujet.

"-Installez-vous donc dans le salon, je mets le café en route.
- Mais non Maman, je m'en charge." 


POV Clyde

J'avais un peu envie de hurler à la terre entière mon malheur, là. C'était quoi ce gros délire de maman qui se prenait pour tata Moka à faire salon de thé, de Victoire qui acceptait sans bafouiller - j'avais presque envie d'applaudir, mais maman et Thelma me prendraient sans doute pour un fou - et de Thelma qui faisait sa lèche-cul à fond avec maman ?! Je me massais l'aile du nez, partagé entre le désespoir et un blasage total. Papa connaissait les bails maintenant, il n'était pas là quand ça virait à un désastre digne d'un Absol... Bon d'accord, je sais ce que vous vous dites : d'une papa bosse le samedi donc normal qu'il ne soit pas là et de deux, on disait des baux. Mais là, la situation était juste horrible et...

"-Et toi Clyde, tu veux quoi ?"

C'te traitresse de Morticia Addams qui souriait jusqu'aux oreilles, toujours avec son piaf au poireau sur la tête !!! Je m'arrêterais bien pour débattre avec vous de pourquoi on appelait ce Pokémon "Canarticho" alors qu'il tenait de toute évidence un poireau, mais il y avait plus urgent. Sans prêter attention à Victoire ou à maman, je soupirais en m'adressant directement à la frangine.

"-Un thé. Vert. Nature. Steuplait."

Ma daronne m'avait récemment converti au thé vert, j'en pouvais plus de cette baraque, j'vous jure... Quoique même Moka avait donné raison à maman en disant que ça allait bien avec les gâteaux.
Je voyais le regard de maman peser sur moi et avant même qu'elle ouvre de nouveau sa grande bouche, je lui coupais le Mystherbe sous le pied :

"-J'vous laisse deux minutes, je vais me changer."

Je pensais soudainement au sale coup que j'étais en train de faire à Victoire, tandis que je commençais à monter les escaliers vers ma chambre : quand même, elle serait capable de survivre cinq pauvre minutes avec Thelma et maman, non ? Y avait plus qu'à prier Arceus pour elle...


POV Cassidy


"-Merci ma chérie."

J'étais ravie de ma fille, si bien élevée, si parfaite. Je me disais parfois que ça devait cacher Rosabyss sous Gravalanch, mais... Mais peut-être était-ce simplement de la paranoïa ? Quand un gamin était trop parfait, on allait pas fouiller jusqu'à ce que ça le ou la dégoûte de l'être, si ? Thelma ramenait de bonnes notes, elle était polie, serviable, semblait bien dans ses baskets - ou plutôt ses gros godillots cloutés qui lui servaient de bottes -, bref, totalement équilibrée. J'aurais pu enquêter, j'aurais pu la fliquer, mais j'avais l'impression que ce n'était pas la bonne technique avec elle. Ça ne l'aurait pas été avec moi à l'époque. Si j'avais été moitié aussi docile qu'elle, s'entend. Qu'est-ce que j'ai pu causer comme soucis à ma mère, par le passé... Mais désolée pour vous, cette histoire ressortira sans doute sur la tapis plus tard !

Clyde décida finalement de suivre mon conseil et d'aller se changer, ce qui me laissait encore davantage le champs libre, tandis que Démolosse arrivait vers nous, bien décidé à quémander quelques caresses : depuis que nous avions quitté la Team Rocket il y a bien des années maintenant, Malosse - tout comme Grahyena, d'ailleurs - s'était quelque peu ramolli, notamment au contact des étrangers : s'il ne leur faisait pas la fête, il se montrait bien moins hostile qu'avant et ça avait continué après son évolution. Surtout avec moi, mais aussi avec les enfants et Butch, il se montrait même affectueux, parfois. C'était le cas maintenant, puisqu'il vint se coller contre moi, alors que je me tenais toujours à côté du bar, mon verre à la main.

"-Allons, on fera des caresses dans le salon. Tu vas même faire la connaissance de Victoire en même temps que nous."

Je caressais mon Pokémon entre les cornes qui ornait sa tête et il sembla se contenter de cette réponse. Tandis que je m'orientais vers notre grand canapé en cuir formant un "L", j'observais Victoire avec un petit sourire.

"-Je sais que discuter avec la mère de son camarade de classe n'est pas la chose dont tout le monde rêve, mais allez, viens donc poser tes fesses."

Sans même regarder ma fille, je savais qu'elle souriait en préparant du café pour son invité et elle, ainsi qu'un thé pour son frère : j'avais emprunté l'expression à Butch. "Poser ses fesses". Quelle idée de sortir ça, surtout à une pauvre ado qui était juste venue travailler à la maison ! Mais sans que je sache pourquoi, ça m'avait semblé tout à fait à propos. En tous cas, à peine avais-je posé les miennes de fesses que Démolosse avait pris ses aises, posant sa tête sur mes genoux.


POV Victoire

Un trou noir. C'est ce que je voyais dans la tasse fumante de café que je tenais fermement entre mes mains, mal à l'aise, les yeux rivés sur le puit formé par la mousse. Je venais de " poser mes fesses" sur une aile du canapé tandis que mes hôtes étaient sur l'autre, à demi en face de moi, priant Arceus pour que Clyde ne redescende rapidement... Quel salaud, il m'avait abandonné seule dans la fosse aux Némélios!!!! J'avais pas encore dit un mot, tout juste esquissé un petit rire furtif lorsqu'elle m'avait dit que parler avec la mère de son binôme n'était pas forcément un kiff en soi... A vrai dire, avant lui, j'avais jamais eu de binôme inconnu... Et puis c'est pas comme si j'avais pas envie de lui parler, puisqu'en réalité, mille questions me démangeaient les lèvres... Mais je n'avais aucune idée de comment engager la conversation, alors j'étais allée au plus instinctif : j'aimais beaucoup trop les Pokémons, et je ne pouvais pas résister à ce Démolosse trop mignon. J'avais tapoté mon genou en le regardant pour qu'il s'approche de moi, et il avait regardé sa maîtresse d'un air penaud, comme pour lui demander la permission

"-Il est trop beau, je... j'adore les Pokémons..."

Je souriais un peu bêtement à Mme Peverell, lorsqu'elle indiqua à Démolosse qu'il pouvait s'approcher de "l'intrus", en l'occurence de moi, et je l'avais accueilli d'une affectueuse gratouille sous son menton ; il me reniflait curieusement, sûrement les odeurs inconnues de toute la ribambelle de Pokémons à la maison, puis il s'assit à mes pieds, sur le tapis, avant de regarder sa dresseuse d'un air mignon en couinant. Maintenant que je ne savais plus quoi dire et qu'elle était préoccupée par son Pokémon, j'avais tenté de discuter de tout et de rien, ne sachant pas vraiment comment lui balancé "Vous connaissez Jessica Morgan non? Austin de son vrai nom" sans créer une hécatombe... Et j'avais eu une idée

"-Vous euh, vous avez déjà donné des cours au lycée, non?..."
J'avais amorcé la conversation intelligemment, déclarant l'enquête officiellement ouverte, et j'avais l'impression d'être dans un film dans lequel je jouerais le premier rôle d'un détective infiltré à la quête de la vérité. Ridicule? Oui peut être, mais franchement tant pis, sur le moment, comme tout bon enquêteur qui se respecte, je me sentais stylée, le chapeau et le cigare en moins, et le fait est que je ne buvais pas un pur malt, mais un café. 


POV Clyde

Une fois arrivé à l'étage, j'étais passé en coup de vent dans la salle de bain pour balancer ma chemise dans la panière de linge sale : je me rappelais assez d'une scène datant d'il y a deux ans, une scène que je préférais oublier. Voyez-vous, malgré mes nombreuses et merveilleuses qualités, je n'ai pas toujours été un fils modèle et il m'arrivait de laisser trainer mes fringues sales par terre dans ma chambre, ce qui avait naturellement le don d'exaspérer maman... Bon d'accord, avec le recul, je pouvais parfaitement voir en quoi ça pouvait être exaspérant et surtout dégoutant. Mais quelle ne fut pas ma surprise un jour d'allumer mon ordi et de tomber sur une vidéo de ma daronne en personne interviewant mes chaussettes sales, leur demandant en quoi il était compliqué d'aller jusqu'à la panière de linge ! En fait, c'était surtout la menace de diffuser ladite vidéo au lycée qui m'avait radicalement fait changer mes habitudes. Voilà, ne vous demandez plus pourquoi je pouvais être chelou parfois, regardez simplement ma mère !

Enfin bref, je retrouvais un peu de paix et de sérénité une fois parvenu à ma chambre et l'envie d'y rester planqué me chatouillait quand même pas mal. Mais je ne pouvais pas laisser Victoire avec les deux Seviper en bas : j'avais trop peur de ce que maman ou Thelma pourraient sortir comme inepties... Je vous laisse vous référer aux quelques lignes plus haut si vous aviez toujours des doutes sur le fondement de mes craintes. Je me dirigeai donc vers mon placard, torse nu, dans le but de choisir une chemise propre à enfiler, quand je me rappelai du message de Jenny.

N'ayant pas la Mamz'elle dans les pattes, c'était l'occasion parfaite de répondre ! Je commençai par me gratter le menton imberbe, avant de décider d'y aller au talent, même si j'en avais pas beaucoup avec les nanas. 

« Salut Jenny ! ^^ La conférence était franchement cool, y a eu un combat de Sacha contre le champion de Clémenti-Ville et le père de Victoire contre Erika. Sauf qu'ils ont pas fini, y a eu un début d'accouchement, bref, le bordel ! » 

Je décidai de ne pas donner plus de détails, même s'il y en avait plein qui me venaient à l'esprit : j'avais pas envie de lui faire un pavé, ce serait trop bizarre... Déjà que j'avais failli écrire « Grahyena » à la place de Victoire ! 

Néanmoins, à ma plus grande surprise, Jenny répondit du tac au tac : 

« Han, j'aurais trop aimé y aller ! :o Dommage pour le père de Vic... D'ailleurs, trop deg, elle me répond pas... D'ailleurs, pourquoi tu me réponds toi ? Vous êtes pas censés bosser ? :p »

Un sourire se dessina sur mes lèvres : non, je n'allais pas redescendre tout à fait tout de suite et en plus, j'avais du temps avant que mon thé ne refroidisse...


POV Cassidy

Thelma s'était installée à côté de moi après avoir déposé les tasses de Victoire et Clyde l'une à côté de l'autre. Quant à Démolosse, il s'était docilement dirigé vers notre invitée après que je lui en ai donné la permission. Cette jeune fille n'avait finalement pas grand chose de particulier en soi : adorer les Pokémon dans notre société était à peu près aussi courant les embouteillages sur le périph' de Céladopole. En cela, je pouvais dire que ma famille était presque originale dans la mesure où ils n'avaient jamais été très attirés par ces bestioles. Ma mère n'avait attrapé un Dodrio que récemment parce qu'elle avait du mal à se déplacer sur de longues distances à cause de ses rhumatismes - à 65 ans, je trouvais ça plutôt grave, mais passons sur l'hygiène de vie douteuse de ma génitrice -, quant à mon aînée, Cecelia, et à son mari, ils totalisaient à eux deux trois pauvres Pokémon qui les aidaient dans leur auberge à Rosalia. Ils avaient bien offert un Evoli à chacun de leurs cinq enfants, mais seul Martin semblait réellement vouloir s'y intéresser autrement que comme gentil animal de compagnie. Tout ça pour dire que cette brave Victoire me faisait un peu penser aux nombreux dresseurs crédules qu'on a pu détrousser avec Butch. J'aurais bien dit que c'était la belle époque, mais j'ignorais si cette vie-là était mieux que celle que l'on menait à présent... Les nombreux voyages me manquaient parfois, mais globalement, un argument de taille me poussait à ne pas regretter cette époque : les séjours en prison, qui eux ne me manqueront jamais !

Perdue dans mes pensées, mon regard n'avait pas quitté Démolosse, qui semblait apprécier les caresses de la jeune fille, même s'il me regardait semblant vouloir dire qu'il préférait malgré tout les miennes. Mais je supposais que ce n'était pas du à la mauvaise qualité des caresses de Victoire, plus au fait que depuis son évolution, Démolosse m'était particulièrement loyal.

Ce ne fut que lorsque la camarade de mon fils s'adressa à moi que je relevai les yeux vers elle.

"-Vous euh, vous avez déjà donné des cours au lycée, non?..."

Un sourire se dessina sur mes lèvres, tandis que je reposais mon vers sur la table de verre, après une gorgée de smoothie.

"-Quelques uns, oui. C'est votre prof qui m'avait demandé d'intervenir, mais je crois qu'il était plus intéressé par mon décolleté que par ce que je racontais... Il fait ça avec tout le monde ?"

Les cas de harcèlement prof-élèves étaient plus fréquents que ce que l'on pouvait croire et j'avais déjà entendu de sales histoire à l'université à ce sujet. Je repris avant que Victoire n'ait vraiment le temps de répondre :

"-A la base, j'enseigne la cosmétologie à l'université. Et toi, que font tes parents, d'ailleurs ? Tu as des frères et soeurs ?"

Me regardez pas comme ça, il fallait bien que j'en sache plus sur ces gens, surtout si Clyde était amené à aller chez eux... Même si je supposais qu'ils ne pourraient pas être de pires fripouilles que Butch et moi par le passé, évidemment !


POV Victoire

L'image de mon prof dégueulasse regardant sous ma jupe hier en faisant mine de faire tomber un stylo me traversa l'esprit tandis qu'elle m'avait répondu : c'est vrai que mine de rien, ce type était vraiment répugnant, et ça ne m'étonnait qu'à moitié qu'il mate Madame Peverell, bien que j'pensais secrètement qu'il préférai les adolescentes. Alice utilisait souvent la méthode du décolleté pour décrocher la moyenne à ses oraux lorsque ce Grotichon faisait partie du jury, et ça avait tendance à fonctionner, sans oublier que dans le jargon, des élèves appelaient ce type le "pédochelours"... M'enfin, je supposais que c'était juste un pervers bizarre et puceau frustré qui devait probablement encore vivre chez sa mère

"-J'en sais rien, il est bizarre c'est vrai..."

Mais passons sur cette partie de la conversation qui était totalement anodine comparée à ce qui avait suivi... J'avais marqué une pause pour boire une gorgée de café chaud, histoire de dénouer cette boule dans ma gorge, avant de reprendre. Mes... parents. Voilà qu'elle entrait dans le vif du sujet, mon coeur battait à toute vitesse, j'étais mortifiée. Mon enquête me faisait un peu peur : et si elle découvrait tout, comment est ce qu'elle allait réagir...? Est ce qu'elle allait me fiche dehors? Me révéler des choses que j'avais peut être pas envie de savoir, finalement? J'étais un peu obligée de répondre, et puis sachant que son mari avait vu papa hier à la conférence, elle savait peut être déjà tout... Si ça se trouve, c'était même un piège pour savoir ce qu'ils étaient devenus.

"-Mes euh... mes parents... mon père a une entreprise, en fait il fait pleins de choses, il est paysagiste mais il cultive aussi des fleurs, c'est un genre de grossiste... pour les fleuristes par exemple, et il s'occupe d'une nurserie pour Pokémons plante. En fait il travaille beaucoup, et ma mère ne travaille plus parce qu'elle s'occupe de mon petit frère de 2 ans et demi... et j'ai une petite soeur de 13 ans. Et vous, votre... mari est mécanicien? Je l'ai vu hier, vous savez, à la conférence... Mais euh, avant ils travaillaient pour une boîte de euh... de commerciaux, ils étaient représentants pour des robots mécaniques..."

Je n'avais aucun souvenir du nom de leur ancienne boîte, bien qu'ils me l'avaient dit, mais avec ma cervelle de Barpaud, j'avais oublié. Quoi qu'il en soit, je suais à grosses gouttes, terrifiée, consciente d'être le portrait craché de maman... Alors j'avais souri, comme pour faire genre que je contrôlais la situation et que tout était normal, alors que pas du tout.


POV Cassidy

Cette pauvre gamine répondait du mieux qu'elle pouvait à mes questions, malgré son malaise flagrant. En fait, j'avais un peu l'impression de voir mes étudiants en oral ou mieux, Butch le jour où on avait décidé de rejoindre un cours de bachata. Pourquoi un truc sorti de nulle part tel que ça ? Parce que la salsa avait l'air cool mais carrément plus dure et que je n'avais pas particulièrement envie d'être ridicule en cas d'échec. Et d'accord, je devais avouer que Butch n'avait rien décidé et que je l'avais forcé, puisque ce n'était même pas la peine de parler de danse à un rustre comme lui ! Mais là n'était pas le sujet.

Il n'était pas encore mon petit ami officiel à l'époque et si la danse m'attirait, je savais surtout que le prof, un agent de la Team Rocket mieux gradé, était super sexy. Je savais aussi que je n'étais pas la seule sur le coup : j'avais moi-même une réputation sulfureuse - quoique pas si justifiée que ça ! -, mais il y avait bien une mijaurée qui me surpassait et de loin, alors qu'elle n'était que sbire. Megara. Ses cheveux bouclés et son métissage plaisaient presque autant que son insolence et son audace. En fait, si elle n'était que sbire, c'était sans doute parce qu'au fond, c'était une paumée qui n'avait fait que suivre son petit ami de l'époque et qui s'était faite larguée comme un vulgaire étron à la première occasion.

Tout ça pour dire que Butch et moi nous étions rendu à ce fameux cours, que mon équipier était naze au possible sans aucun sens du rythme et que Megara et moi nous étions disputé le prof de façon totalement implicite et sans vergogne. Vous vous demandiez sans doute qui a gagné, eh bien... Je préférais autant vous laisser tirer vos propres conclusions et simplement dire que cet « affrontement » nous avait finalement fait devenir amies que j'avais été plutôt heureuse d'apprendre sa venue au mariage de Maurice. A moins que ça soit Mortimer ? Enfin bref, l'ancienne boniche de ces abrutis de Jessie et James.

D'ailleurs, le sourire en coin que j'affichais en songeant à mon amie - et qui pouvait laisser croire que je n'écoutais absolument pas Victoire - avait été remplacé par un rictus de dégoût à cause de cette mégère de Jessie. Vite, il fallait que je me concentre. Paysagiste - faudrait que je lui demande quand tailler les hortensias pour forcer Butch à le faire. Nurserie Pokémon. Femme au foyer - chose que je ne pourrais pas faire. Petit frère et petite sœur. C'est bon. J'avais les infos. Voilà qu'elle me parlait de Butch, puis revenait sur ses parents... C'était étrange, à peu près aussi cohérent que les jambes de mon mari tentant de danser, en fait. C'était comme si elle s'attendait à ce que je réagisse là-dessus alors que... Aucune raison ?

"-En effet, mon mari possède son propre garage. Tes parents vendaient des robots mécaniques ? Drôle de reconversion. Mais pourquoi pas, après tout."

Je n'allais pas trop lui dire que moi-même j'avais repris des études après avoir été une criminelle de génie pendant plusieurs années, fallait pas pousser mémé dans les Ortides. En tous cas, elle semblait nerveuse, comme si elle me cachait quelque chose, ce qui était plutôt incongru. Mais ça pouvait simplement être parce qu'elle se sentait mal à l'aise à cause de l'absence de Poussifeu.

"-Vous vous côtoyez depuis longtemps, Clyde et toi ?"

Ma voix était totalement innocente, alors que Thelma, qui jusqu'à présent était sur son téléphone, se leva.

"-Tu nous abandonnes ?

- J'ai encore des devoirs à faire... Peut-être à plus tard, Victoire !"

Et ma petite fille chérie s'en alla, non sans sourire à notre invitée. J'ignorais si cette dernière allait finir par se détendre, toujours est-il que Démolosse avait fini par poser sa tête sur ses genoux.

"-J'espère qu'il ne va pas laisser trop de poils sur ta robe. Il est pire qu'un Miaouss et un Chaglam réunis pour ça..."

Vu les banalités que je sortais, il fallait croire que le malaise était contagieux.


POV Victoire

Après avoir imaginé le pire, Mme Peverell semblait tout compte fait ne pas vraiment avoir fait le rapprochement entre maman et moi, à moins qu'elle s'en fiche, tout simplement, partant du principe que je n'avais rien à voir avec cette histoire, et dans un sens, c'était vrai : tout comme les allemands n'avaient pas à être assimilés aux nazis ou les musulmans aux terroristes, je n'avais pas à être assimilée à maman, même si, je vous l'accorde, la comparaison était un chouïa abusive. Drôle de reconversion, avait-elle dit... Mouais, à vrai dire ça ne me choquait pas, ce n'était pas forcément plus fou que son mari, ex commercial lui aussi, qui avait ouvert un garage, même si ça restait dans le domaine de la mécanique mais bref.

"-Vous vous côtoyez depuis longtemps, Clyde et toi ?

- Et bien... non, à vrai dire on est dans la même classe mais on a des amis différents..."

J'avouais ne pas trop savoir quoi dire, la conversation était retombée, en fait ça devenait presque un échange de convenance un peu gênant, et lorsque Thelma partie, elle rebondit sur Grayéna...

"-Avec tous les Pokémons qui vivent chez moi, ça m'fait pas peur vous savez..."

J'avais marqué une courte pause dans un sourire forcé, avant de reprendre, peu sure de moi mais me sentant obligée de maintenir la conversation à flot

"-Hm.. Vous avez d'autres Pok..."

Et Arceus merci, Clyde était redescendu, me sauvant de cette humiliation.


POV Clyde

L'échange de messages avec Jenny s'était un peu poursuivi, mais pour raison de vie privée, je ne vous le détaillerais pas : bon ok, ce n'était juste pas si passionnant que ça. Et surtout, c'était con, mais je commençais à avoir froid à moitié à poil : nous n'étions qu'au début du printemps, après tout !

Mais la principale raison restait qu'un stress insidieux s'était glissé en moi pour me persuader d'abréger et de vite redescendre. J'avais beau la jouer cool, je connaissais Thelma, mais surtout maman. Et après tout, j'avais cru entendre des pas dans les escaliers, jusqu'à la chambre de ma petite sœur que j'aurais aimé qualifier d'innocente, mais qui ne l'avait jamais vraiment été.

J'étais sûr que Thelma nous cachait des trucs louches derrière sa figure de jeune fille parfaite : d'ailleurs, je savais qu'elle trainait avec une nana au look punk qui malgré ses quinze ans en faisait facilement dix-huit voire plus. Pas que cette fille ne m'inspirait pas confiance, c'était plus subtile que ça : je me disais simplement que ma sœur et elles ne devaient pas se comporter en adolescentes lambda et gossiper des derniers beaux acteurs à la mode, mais c'était juste une intuition.

Bref, j'avais fini, après avoir conclu mon échange avec ma camarade de classe, j'avais enfilé une chemise verte émeraude peut-être un peu trop habillée pour l'occasion, mais je n'avais pas pu effacer la remarque que tata Moka avait faite à la conférence et le rouge ne me semblait juste pas être une bonne option pour le moment.

J'empruntai donc les escaliers dans l'autre sens afin de rejoindre la Mam'zelle et ma génitrice, trainant tout de même un peu la patte dans l'appréhension d'un moment gênant. Et pour cause : elles semblaient mal à l'aise toutes les deux, comme si elles ignoraient quoi se dire. D'un côté, c'était une chance pour moi : maman ne semblait pas décidée à sortir le paquet d'anecdotes humiliantes qu'elle avait à mon sujet. De l'autre, ce serait juste à se tirer une balle de trop s'éterniser dans le salon... En même temps, je me fis deux remarques à moi-même : la première, que maman n'avait finalement pas tant de raisons que ça de faire la conversation à Victoire, puisqu'elle n'était qu'une camarade de classe. La deuxième : j'avais fait la boulette de m'habiller en vert comme la Mistinguette. Il fallait juste espérer que je serais le seul à capter ce détail idiot, mais qui me fit rougir comme un con, alors qu'il n'y avait absolument pas de raison de rougir puisque je n'avais pas fait exprès. Mais même si on veut nous faire croire que mecs et meufs réfléchissent super différemment : soit j'étais un mec chelou, soit ce n'était pas le cas et mecs et meufs n'étaient donc pas si différents puisque que je commençais à me prendre tout seul la tête sur le fait que maman ou Victoire se demanderaient si j'avais pas fait exprès...

Heureusement, mes tourments ne m'empêchèrent pas de poser mes fesses sur la canap', à l'endroit où m'attendait ma tasse de thé. Je vous le donnais dans le mille : Thelma l'avait posé à côté de celle de ma camarade de classe, m'obligeant donc à partager le canapé avec elle, ce qui mettait encore plus en évidence nos tenues coordonnées. Je haïssais un peu ma vie à cet instant, mais je décidai de faire comme si de rien était et me râcla la gorge, avant de m'adresser aux deux nanas de la pièce :

"-Maintenant que vous avez fait connaissance, on ne va p't'être pas s'éterniser. On a du travail, après tout."

Curieusement, ma mère semblait presque soulagée que je dise ça, même si j'avais coupé la conversation de la façon la plus grossière qui était. A vrai dire, je n'avais même pas écouté ce qu'elles étaient en train de dire quand j'étais arrivé.

"-Oui, tu as raison. Je compte sur vous pour vraiment travailler, n'est-ce pas ?"

J'avais serré les dents en voyant maman ouvrir la bouche, mais ça me rassura qu'elle ne cherche pas à nous retenir. Je me serais bien passé du clin d'œil bien gênant à la fin, mais je préférais autant ça à un éventuel interrogatoire !

"-On pourra toujours reprendre la discussion à un autre moment, moi aussi j'ai du boulot."

J'avais eu le temps d'avaler la moitié de mon thé tandis que maman avait repris la parole, d'un air légèrement blasé. J'étais tenté de lui demander si les étudiants lui donnaient du fil à retordre, comme un bon fils, mais il ne fallait pas la lancer sur ce terrain, on en aurait pas fini avant demain soir et ce n'était pas le but. J'allais pisser partout, mais je décidais de finir ma tasse cul sec : l'autre avantage d'avoir trainé en haut, c'était que la boisson était à la température parfaite. Maman s'était déjà levée pour repartir dans son bureau, je jetais alors un regard à la M'zelle : j'étais pas trop sûr de quoi lui dire, j'avais peur qu'elle m'en veuille de l'avoir ainsi abandonnée à ce triste sort. Mais j'étais là, maintenant, et je me relevais à mon tour, prêt à l'accompagner jusqu'à ma chambre, espérant que le reste de l'aprem se déroulerait normalement.


POV Victoire

J'avais suivi Clyde vers l'escalier, quittant sa mère qui avait de toute façon mieux à faire elle aussi que de me faire la conversation... bien que pour une fois, je ne bafouillais pas! Mince quoi, ils auraient au moins pu me laisser le luxe de réciter un truc difficile du genre "Les chaussettes de l'archi duchesse..."! 

 "- C'est comme ça qu'on aurait du s'habiller hier, on aurait toujours été assortis mais... plus dans le thème de la soirée" 

Apparemment, le destin faisait qu'on affectionnait les mêmes couleurs au même moment, et même si c'était idiot, ça m'avait fait rougir, enfin un tout petit peu... Je me demandais si sa mère avait fait mine de rien concernant maman, me mentant pour la boîte de commerciaux, ou alors... est ce qu'elle n'avait juste pas compris de quoi je parlais? C'était à n'y rien comprendre. Je regardais mon téléphone rapidement afin de voir si maman était rentrée à la maison suite à sa soit-disant allergie, mais au lieu de ça, je vis un message de Jenny me demandant de la rappeler. Ça devait probablement être des infos sur notre enquête... mais j'avais d'autres choses en tête, à commencer par mon hôte...

Une fois dans la chambre de Poussifeu, l'ambiance glaciale s'était dissipée tout d'un coup, comme si un Roucoups avait balayé une purée de pois de son attaque tornade. J'avais pris place sur une petite chaise près d'un bureau sur lequel ses affaires étaient méticuleusement rangées, regardant furtivement autours de moi... En fait, toute sa chambre était en ordre : il n'avait pas menti, on sentait l'influence de la mère maniaque, et du coup je comprenais un peu Fantominus. C'est pas que je détestais ça mais j'avais l'habitude de vivre dans mon bordel organisé à la maison, même Roberta savait qu'il fallait les trucs à leurs places, même si la place n'avait pas de sens. Heureusement pour nous tous, c'était papa qui était le cerveau du rangement ergonomique et malin à la maison, il avait même créé avec oncle Miaouss des genres de placards cachés afin d'optimiser au maximum l'espace, notamment pour ses collections qu'il prenait un temps fou à briquer, mais enfin bon... ça restait vieillot. Ici, la déco était si jolie, je me serai cru chez IKEA. 

J'avais presque honte de lui montrer ma chambre au papier peint à fleurs, au parquet chevrons, avec une grosse cheminée en marbre... Et encore je vous passe les rideaux ringards et le lustre chandelier style victorien! C'était carrément moche à côté de leur baraque de Sims. 

J'avais tenté un petit trait d'humour 

"-T'as vu, je suis assise! Comme quoi, il faut croire que je suis pas si psychorigide que ça..." 

En disant ça, j'avais remarqué mon Delcatti en origami sur son bureau, ce qui m'avait fait sourire 

"-Bon... on s'y met?"


POV Jessie

Retour dans la chambre avec la morveuse. Quand cette pauvre fille m'avait vu débarquer avec mon bouquet, elle était restée choquée un instant comme si elle avait vu un truc surnaturel, m'enfin c'n'était pas étonnant : après tout, la dernière fois qu'on s'était vu, j'étais encore une adolescente, et de me voir toujours aussi jeune et belle avait du lui faire croire que j'avais voyagé dans l'temps! Je restais moi aussi bouche bée sans savoir quoi sortir à cette greluche, lorsque j'avais remarqué que dans la petite couveuse près de son lit la pièce à conviction : le bébé morveux en personne! Mon bébé à moi restait dans le couloir, terrifié par la morveuse, avant de courir derrière ma jambe pour l'observer en toute sécurité... Et là, coup d'theatre, au lieu d'être méfiante face à moi, de dire quelques choses d'intelligent ou de me faire un reproche, elle s'était mise à rire comme une folle furieuse en regardant Oli. J'étais ébahie 

"- Mais qu'est ce que tu as fais à James? Il est atteint du syndrome de Benjamin Button?"

Oliver m'avait regardé d'un air apeuré tandis que je ne comprenais pas : quel rapport entre cet imbécile et le type qui a inventé l'électricité?

"- Hey, je n'te permet pas! Je suis polie, j'te ramène des fleurs, QU'EN PLUS J'AI DU PAYEEER, et tu t'fiches de moi!? Je savais que c'était une idée stupide, on s'en va, Oli, ça m'apprendra à avoir l'âme charitable!
- Non attends!"


POV Clyde


POV Victoire

L'après midi était passée si vite que lorsque je vis qu'il était déjà 18h30, j'eu un petit pincement au cœur... j'aurais aimé que ça dure un peu plus longtemps, c'était trop rapide, et au final, on avait même pas eu le temps de bosser plus que ça. J'avais beau avoir eu des appréhensions au départ -bien que fondées-, et bien il s'avérait que j'avais eu tord sur toute la ligne : Clyde n'était pas comme ses potes, c'était même tout le contraire. Au delà de son apparence de minet prétentieux, de son comportement imbuvable de tombeur et de blagueur plus lourd qu'un Ronflex, je découvrais un garçon vraiment gentil, agréablement drôle et très loin d'être stupide : il s'avérait que contrairement à mon pathétique jugement, il avait de supers notes , et qu'il connaissait beaucoup de choses sur les Pokémons, mais aussi à propos de tout et rien, et qu'on partageait les mêmes goûts musicaux, ce qui était plutôt rare puisque Jenny était plutôt branchée Reggae et qu'Alice affectionnait les daubes commerciales passant à la radio... En fait, dans mon entourage très restreint, j'étais pratiquement la seule à écouter des vieux trucs, et en plus on se foutait de ma gueule, mais avec Clyde, je découvrais un monde dans lequel un mec populaire pouvait aisément jouer The Police à la batterie sans que personne ne trouve rien à redire...

"- Tu sais qu'Alice m'a sérieusement dit que Paul McCartney était un vieux croûton qui se servait de la notoriété de Rihanna pour percer dans la musique?"

Entre les rires et les conversations sérieuses, il m'avait laissé emprunter son Poképad pour que l'on puisse travailler à deux, et ce travail de groupe qui à la base devait être une corvée, puis une enquête sur ses parents, était devenu un moment vraiment cool, et une opportunité de me faire un nouvel ami. Je me fichais éperdument de cette histoire entre maman et Cassidy, de ce qui s'était passé à la conférence, de tout. La seule chose qui m'intéressait, c'était lui, et au fur et à mesure que l'on faisait des recherches, je tombais un peu plus sous son euh... charme? Évidemment, dans le sens amical du terme.

"- Regarde là, ils disent que les Lilia et les Vacylis vivaient au fond de l'océan, accrochés à des rochers, si l'île en abrite vraiment et qu'on la trouve, il faudra attendre marée basse... J'ai peut-être trouvé où elle était, regarde, ce serait pas elle là, en forme de croissant?!

- Ça t'arrive de penser à autre chose qu'à la bouffe?

- Dit-il en mangeant des Crocrodil en gélatine!

- Je prend des forces pour l'expédition!"

Pour la première fois de ma vie, j'étais à l'aise avec un inconnu, au point de m'asseoir à côté de lui pour lui montrer quelques choses sur un écran et de lui piquer un bonbon dans son paquet... MOI! Et je ne bafouillais pas, j'étais juste là, avec lui, il n'y avait pas de malaise, pas de blanc, et pas de jugement, c'était juste... parfait, comme s'il n'y avait plus personne dans cette maison, et qu'elle était au milieu de nulle part. 

"- Bon évidemment il faut prendre tout ça avec des pincettes, l'info date des années 80..."

Il me racontait qu'il avait un Flagadoss, qu'il avait envie d'apprendre à jouer de la guitare, que sa mère l'avait converti aux chaussures en cuir de Tauros et qu'il avait un oncle qui possédait une boîte de nuit douteuse, tandis que je lui parlais de ma mère et ses nombreuses frasques, de mon ancienne passion pour le tennis, de mon voyage dans les îles Orange avec ma famille... En somme, on ne bossais pas beaucoup, mais je n'avais aucune envie de partir, d'ailleurs je n'y pensais meme pas : mais toutes les choses cool ont une fin, et maman avait fini par m'envoyer un sms, signant la fin de celui ci

"Je passe te prendre dans 10 minutes ça te va?"

J'étais un peu dégoûtée, d'autant plus que ça m'avait replongée dans la réalité : demain, c'est lui qui allait venir à la maison, et ce sera une autre paire de manches...

"- Je vais devoir y aller, ma mère vient me chercher..."


POV Clyde


POV Jessie

"- J'en sais rien moi, et pourquoi pas Steven?" 

18h, déjà, et pourtant j'avais pas vu l'temps passer, trop occupée à rattraper notre passé perdu avec cette morveuse et son mouflet, qui n'avait d'ailleurs toujours pas d'prénom. Non mais quel genre de parents se retrouve avec ce genre de problèmes? Et après c'est James et moi qui étions irresponsables? A d'autres! 

"- Steven, c'est une plaisanterie? 

- Hey, c'était le nom de quelqu'un d'important et de plutôt pas mal, crois moi! Steven Stone, un ancien petit ami qui était fou d'moi... 

- Ah vraiment? On va plutôt aller voir une liste des prénoms sur internet... 

- Mais non voyons, il faut lui donner le prénom d'une célébrité ou d'une personne morte de ta famille! Tiens, pourquoi pas Léonardo? 

- Tu sais quoi, on va l'appeler "bébé" en attendant que Sacha et moi on ait une véritable idée! 

- Fallait surtout y réfléchir avant! Vous avez toujours été comme ça, vous, les morveux, à foncer sans réfléchir dans les causes désespérées des autres! Si tu comptes sur Sacha, ton morveux va sûrement finir avec un prénom ridicule comme Jacky, ou Richard... 

- Ah oui? Tête baissée dans des causes désespérées, tu crois pas que tu te trompes de personnes? 

- Oui, et bien il s'avère qu'on a plus de points communs que tu n'le penses!" 

Croyez le ou non, on ne se disputait pas vraiment : j'avais une nouvelle amie désormais, et pas n'importe qui : une championne d'arène, et oui, j'étais comme ça, du genre à m'entourer des meilleurs! Comme quoi je n'étais pas si froide que ça! Ça m'arrivait de bien m'entendre avec des gens, même si je paraissais toujours inaccessible et impressionnante de l'extérieur... que voulez vous, la beauté effraie et attise la jalousie! Mais reprenons du début. 

"- Je euh suis de euh... retour?" Après une entrée en matière un peu surnaturelle et gênante, elle s'était mise à pleurer. Habituellement, je détestais ce genre de mièvreries, mais comme j'avais fondu en larmes moi aussi, je ne pouvais pas vraiment lui en vouloir, d'autant plus qu'elle devait être en pleine crise d'angoisse post-partum, alors que moi, et bien j'avais juste écouté Taylor Swift, mais oublions ça si vous voulez bien, ou même si vous ne voulez pas, d'ailleurs, parce que je l'ai décidé, alors vous allez OUBLIER C'EST CLAIR?! J'en étais donc à notre accolade larmoyante qui aurait fait pleurer dans les chaumières n'importe quel crétin un tantinet sensible : après lui avoir fait des excuses mielleuses pour favoriser mon karma positif, j'avais fini par lui déballer toute la vie, elle la sienne, puis par lui donner des conseils, après tout, j'avais moi-même trois enfants, et j'étais une mère exemplaire, en plus d'être une actrice de talent. Elle avait d'ailleurs été très attentive, comme quoi la roue avait fini par tourner, voilà que je prodiguais des leçons de vie à cette gamine sans aucune rancune malgré tous les mauvais tours de génie qu'elle avait fait échouer! A toujours se mêler des affaires des autres, on finissait comme ça : seule dans sa chambre d'hôpital avec une ancienne criminelle et un bébé sans prénom! Mais plus sérieusement, j'étais bouleversée, d'où le fait que j'agissais bizarrement, et que je m'étais inventé une histoire d'amour avec Steven Stone mais enfin, là n'était pas le sujet, j'avais bien le droit de vouloir l'impressionner un peu! Forcément, avoir épousé cet imbécile de James ne cassait pas trois pattes à un Canartichot quand on l'avait connu à l'époque de la Team Rocket! 

 "- Je savais qu'un jour tu finirais par mettre le grappin sur James, pauvre type, il n'a rien du voir venir! 

- J'ai fini par me résigner, voilà tout! 

 - T'as surtout commencé à le mettre dans tes filets quand tu as découvert qu'il était plein aux as, oui!" 

Qu'est c'que j'vous disais... Cette petite peste n'avait pas changé pour un sou, mais les échanges pleins de vacheries n'étaient pas un problème pour moi : Miaouss était bien pire, et puis elle me faisait un peu pitié avec son teint blafard et ses cheveux sans t'nue, alors je n'avais pas le cœur à être une peste de talent aujourd'hui... L'accouchement avait bon dos quand on y pense, pendant tout le travail mes cheveux n'avaient pas bougé d'un millimètre et mon maquillage waterproof avait fait ses preuves. On était une diva ou on était une morveuse après tout! 

"- ... puis j'ai décidé de rentrer à Azuria, et deux jours après Sacha était là, il avait quitté Serena et depuis on ne s'est plus jamais séparé! 

- Quelle histoire barbante et prévisible... Tu as toujours ce Psykokwak? 

- Et toi, tu as toujours ton cretin de Qulbutoké? Tu as fais quoi après avoir quitté la Team Rocket? 

- Tu dois le tenir comme ça si tu veux l'allaiter correctement, regarde... 

- Mais comment tes cheveux faisaient pour tenir? Tu mettais quoi, de la glue? 

- Non tu t'trompes, c'était pas drôle! On bossait nous, pendant que vous dormiez dans des centres Pokémons douillets ou chez de parfaits inconnus serviables! 

- Ah Pierre, oui il va bien il vit toujours à Argenta avec sa femme, attend j'ai des photos! 

- Et ça c'est notre jardin, enfin juste la terrasse, mais on vous invitera cet été à venir manger, James cuisinera! 

- Je suis toujours championne de l'arène, mais je cherche à me faire remplacer, on va s'installer à Carmin sur mer! 

- Ah non, je les fais moi même, j'ai acheté tout le matériel pour le vernis semi permanent, je te ferais les ongles si tu veux! 

- Ton fils ressemble tellement à James, c'est dingue, sa copie conforme! 

- Ce roux, c'est naturel? 

- Comment t'as su que j'étais là?

- James était à la conférence hier soir...

- J'arrive pas à croire que je sois là, en train de te parler... 

- Si on m'avait dit ça à l'époque j'y aurais pas cru une seconde non plus!" 

Quand je vous dis, que je n'avais pas vu l'heure passé, je ne mentais pas, pour une fois! 

"- Il est déjà 18h, j'ai pas d'reseau ici, va falloir que j'aille chercher ma fille chez son crétin d'acolyte... Donne moi ton numéro de téléphone, je veux savoir le prénom du bébé! 

 - Tiens, prend ma carte de l'arène! Spoiler : ce s'ra pas Steven! 

- Je n'm'attendais pas à ce que tu aies du goût! Dis aurevoir Oli!" 

Et en sortant, j'étais heureuse, toute guillerette comme si je sortais d'une heure de thalasso, alors que plus tôt dans la journée, je n'étais qu'une vieille peau d'Ecremeuh ratatinée par la vie... Décidément, cette journée n'avait pas d'sens! J'avais constaté une fois dehors que James avais tenté de m'appeler plusieurs fois, mais aucune nouvelles de Victoire... qu'est ce qu'elle fabriquait elle aussi? Il se faisait tard, je la prévenais donc j'arrivais chez son binôme et j'attachais Oliver dans son siège auto, avant de rappeler James qui était plus fébrile qu'une feuille sèche 

 "-Allo chérie? Seigneur Arceus tu es saine et sauve! Où es tu, je suis mort d'inquiétude, encore un peu et je contactais l'agent Jenny! 

 - Ça va, j'étais avec la morveuse... Bon, je passe prendre Vic et je rentre à la maison, à tout à l'heure! Je t'aime, bye!" 

Et j'avais un peu coupé court à la conversation, ayant ma dose de nian-nian pour au moins une décennie! En plus maintenant je me retrouvais à devoir inviter la famille du morveux à manger un barbecue, quelle barbe! Il allait encore falloir que je mente, comme quoi ce n'était pas vraiment ma faute comme toujours, mais celle du destin..